Entreprise

La start-up technologique se donne les moyens de franchir le cap de l’industrialisation. 

Les start-up wallonnes qui retiennent l’attention de gros fonds de capital à risque étrangers ne courent pas les rues. Elles se comptent sur les doigts d’une seule main. Alors, quand deux gros fonds injectent, coup sur coup, plusieurs millions d’euros dans de jeunes pousses wallonnes, on se dit que les lignes sont en train de bouger positivement.

Augmentation de capital

Fin août, c’est Elium, start-up de Mont-Saint-Guibert spécialisée dans la gestion et le partage des connaissances au sein des entreprises, qui annonçait avoir levé 4 millions d’euros, dont 3 millions auprès du fonds d’investissement français Serena Capital. Ce jeudi, c’est au tour d’e-Peas, start-up également implantée à l’Axisparc de Mont-Saint-Guibert, qui annonce avoir bouclé une augmentation de capital de 3 millions auprès d’investisseurs emmenés par le fonds franco-américain Partech Ventures.

Tant pour Serena que pour Partech, il s’agit d’une première. Jamais, en effet, ces deux fonds de "venture capital" (VC) n’avaient financé des start-up fondées en Wallonie. La SRIW (Société wallonne d’investissement) a joué un rôle de déclencheur dans ce soudain intérêt. En 2015, le fonds d’investissement public de la Région wallonne avait en effet investi respectivement 7 et 5 millions d’euros dans chacun de ces "VC" français avec l’espoir qu’ils s’intéressent à de jeunes pousses wallonnes. Il n’aura donc pas fallu longtemps pour que l’on passe aux actes.

Des batteries durables

Partech Ventures, qui a 1 milliard d’euros sous gestion, est un fonds qui investit exclusivement dans des start-up technologiques innovantes. C’est clairement le cas d’e-Peas. Fondée en décembre 2014 par Geoffroy Gosset et Julien De Vos, deux polytechniciens issus d’un laboratoire d’ingénierie informatique de l’UCL, e-Peas s’est lancée dans le développement de solutions de micro-électronique permettant de déployer des solutions de capteurs sans fil consommant le moins d’énergie possible. "Notre technologie permet de prolonger la durée de vie des batteries qu’on met dans les objets connectés, nous explique Geoffroy Gosset. Notre objectif est même de faire en sorte que l’on ne doive plus changer ces batteries." La solution "miracle" - qui a été mûrie au sein de l’incubateur liégeois The Faktory fondé par Pierre L’Hoest (fondateur et ex-CEO du groupe EVS) - consiste à récupérer l’énergie environnante des objets connectés (solaire, hydraulique, vibrations, ondes…) pour alimenter les micro-batteries. Le potentiel des applications est gigantesque : on évalue qu’à l’horizon de 2020, il y aura 50 milliards d’objets connectés dans le monde, contre 15 milliards aujourd’hui.

Voici un an, e-Peas avait lancé la commercialisation d’un premier produit. L’intérêt suscité auprès d’entreprises actives dans l’Internet des objets (industrie, logistique, distribution…) fut rapide, ce qui décida la start-up à se lancer dans le développement de quatre autres solutions de récupération d’énergie. Et c’est ici que l’on reparle de la levée de fonds. "Pour mettre en production nos quatre nouveaux produits et entamer leur commercialisation en décembre de cette année, il était indispensable de procéder à une augmentation de capital, indique M.Gosset. On a déjà des premiers bons de commande et les volumes devraient devenir plus importants à partir de 2018." Par ailleurs, e-Peas va accroître ses effectifs pour accélérer le développement de sa gamme de produits et franchir aussi vite que possible le cap de l’industrialisation. De cinq personnes aujourd’hui, il devrait grimper à vingt personnes d’ici deux ans.

Six investisseurs

La présence de Partech Ventures, qui a assuré le "lead" de la levée de fonds, a permis d’attirer trois autres investisseurs internationaux (Semtech, Airbus Ventures et JC Decaux Holding). Le fonds du numérique wallon WING (géré par la SRIW), la Sopartec (via le fonds VIVES 2) et The Faktory complètent le tour de table. "Chacun voulait sa part dans cette levée de série A, ce qui montre bien l’intérêt suscité par e-Peas", se félicite Simon Alexandre, directeur général de The Faktory.

Cette levée de série A avait été précédée d’une première levée de 600 000 euros lors de la création de la start-up. The Faktory était alors l’unique investisseur. En septembre 2016, le fonds WING avait octroyé un prêt convertible de 250 000 euros (The Faktory doublant la mise). Il est très probable qu’e-Peas passera par une quatrième levée de fonds. "Il y aura certainement une série B, mais elle servira à financer notre croissance", disent Geoffroy Gosset et Simon Alexandre. "La levée de fonds que nous venons de boucler, elle, doit permettre d’atteindre l’équilibre financier aux alentours de 2019."


The Faktory cède Riiot Labs à l'espagnol Fluidra

Fondé à l'automne 2013, The Faktory a réalisé cet été la première cession ("exit") de l'une des onze start-up incubée et financée parla structure mise sur pied par Pierre L'Hoest. Il s'agit de la start-ude Riiot Labs, start-up fondée en 2015 par deux ingénieurs liégeois. Son produit-phare, baptisé blue, est un capteur intégré qui transmet toutes les informations essentielles sur la qualité de l’eau d’une piscine (température, PH, taux de chlore, etc.) à son propriétaire via une application mobile. En janvier dernier, blue avait décroché un "Innovation Award" auConsumer Electronic Show (CES) de Las Vegas.

Après avoir assuré la distribution de blue sur plusieurs marchés européens, le géant espagnol Fluidra est devenu l’actionnaire majoritaire de Riiot Labs le 31 juillet dernier. Les fondateurs de la start-up conservent 20% du capital et l’ancrage liégeois de l’entreprise, qui emploie sept personnes, a été assuré. Quant aux 80% cédés par The Faktory, ils ont été valorisés à 3,3 millions d'euros.