Entreprise En Pologne

Le paysage défilant sur les bords de la route reliant Varsovie à la ville de Kielce, située à un peu moins de 200 kilomètres au sud de la capitale polonaise, le rappelle à souhait : de nombreuses exploitations agricoles sont encore de taille modeste, héritage d’une longue histoire où de petits lopins de terre permettaient à des familles de subvenir à leurs besoins. Plus d’une exploitation sur deux était en encore, en 2010, destinée à la seule consommation personnelle d’une famille. Il est vrai que la Pologne ne manque pas de terres agricoles avec plus de seize millions d’hectares.

Le paysage, pourtant, a sensiblement évolué au cours des dernières années. " Les petites exploitations disparaissent peu à peu ", explique Kazimierz Kotowski, vice-président du gouvernement de la région de Swietokrzyskie, l’une des plus pauvres du pays.

Dans la région, la proportion de la population active travaillant dans l’agriculture est passée de 36 % à 37 % voilà vingt ans de 22 % à 24 %. Une chute drastique qui s’explique essentiellement par deux raisons.

D’une part, il y a eu l’instauration d’un régime de pension pour les agriculteurs, grâce à des fonds européens, ce qui a permis à des fermiers âgés de pouvoir cesser leurs activités. Il y a également eu des regroupements d’exploitations.

Sur le plan national, cette proportion est de 13 %, là aussi en chute libre. En chiffres, cela se traduit par la disparition de 655 000 exploitations agricoles au cours de la dernière décennie, essentiellement des fermes disposant de terres d’une superficie inférieure à 5 hectares. La moyenne de terrains agricoles par exploitation est aujourd’hui de 8,6 hectares.

Cette baisse du nombre d’agriculteurs n’a pas manqué de poser plein de problèmes, même si de très petites exploitations ne permettaient pas de vivre décemment. L’un de ces problèmes était par exemple le logement puisque la ferme était attachée à une terre. L’une des solutions est de permettre à ses familles de rester dans leur logement et de trouver un travail dans l’industrie ou les services. Leur niveau de vie, alors, peut évoluer favorablement.

Ce mouvement touchant le monde agricole polonais n’est toutefois pas encore fini. "Je suis conscient qu’autant de personnes ne peuvent être employées dans l’agriculture ", souligne Stanislaw Kalemba, ministre de l’Agriculture, qui appartient au parti paysan, grand défenseur du monde rural.

Le parti paysan souffre, assez logiquement, de cette baisse du nombre d’agriculteurs. "C’est vrai, nous ne sommes pas aidés par les transformations de la campagne ", reconnaît le ministre.

Le parti paysan souffre surtout de ne pas faire le plein de voix de son électorat - environ deux millions de personnes - puisqu’il récolte généralement de 7 % à 9 % des suffrages. "Si quelque 60 % des voix que nous récoltons viennent des agriculteurs et de leur famille, la majorité des agriculteurs ne votent pas pour nous" , explique le ministre.

L’agriculture polonaise, en tout cas, fonctionne à deux vitesses.

Il y a d’une part l’agriculture traditionnelle, dans des exploitations de taille modeste où les paysans ne roulent pas sur l’or. Les agriculteurs utilisent dès lors peu ou pas d’engrais, comme c’est souvent le cas dans la région de Swietokrzyskie. " Ce qui était en soi un problème a été transformé en avantage." Cela permet en effet à ces exploitants de jouer la carte de la culture bio et d’exporter massivement leur production en jouant la carte de fruits et légumes naturels. Il y a aujourd’hui 23 000 exploitations à l’échelle nationale qui bénéficient du label "bio".

L’agriculture intensive est aussi présente. De plus en plus. " Les agriculteurs savent utiliser toutes les possibilités des fonds européens pour moderniser leur exploitation" , explique le ministre Kalemba.

De quoi permettre à la Pologne d’être le plus grand producteur européen de céréales et de champignons de Paris. Les bonnes années, le pays est également le troisième producteur mondial, cette fois, de pommes.

L’agriculture évolue donc à grands pas en Pologne. " Il faudra encore une génération d’agriculteurs pour se rapprocher de votre niveau" , nuance toutefois le ministre de l’Agriculture, qui table la disparition supplémentaire de la moitié des exploitations agricoles dans les quinze à vingt ans. Cela concernera un million de personnes