Entreprise Ses plus gros actionnaires veulent que des discussions sur le rachat s’engagent avec bpost.

Jamais deux sans trois ! Après un premier échec en mai puis un deuxième début novembre, bpost a soumis mercredi une nouvelle offre de rachat amical (ou plutôt de "combinaison", comme dit l’entreprise) de PostNL (cf. LLB du 30/11). La Poste belge indiquait mercredi soir que son offre "répond aux inquiétudes que PostNL a précédemment exprimées" et qu’elle espère recevoir de son homologue néerlandais "une invitation à entamer les négociations à très brève échéance".

1En quoi la nouvelle offre de bpost diffère-t-elle de la précédente ? Au niveau financier, bpost augmente le prix de l’offre en espèces de 167 millions d’euros (0,376 euros par action de PostNL). Le prix définitif de l’offre se monte à 3,201 euros en espèces (contre 2,825 il y a un mois) et 0,1202 action bpost par action PostNL (inchangé). Au 30 novembre 2016, cela représente 5,75 euros par action PostNL, contre 5,65 euros pour l’offre numéro 2 en novembre. Par rapport à l’offre précédente, la prime (soit la différence entre le montant proposé par bpost et le cours de l’action PostNL) passe de 31,6 % à 34 %. Les modifications les plus significatives touchent à la gouvernance de la nouvelle entité. Les Néerlandais s’étaient en effet émus de la trop grande place accordée aux Belges au sein du futur conseil d’administration (trois membres sur dix auxquels s’ajoutent le CEO de bpost et trois administrateurs indépendants désignés par bpost). Mais aussi d’une nouvelle entité "vulnérable aux clivages politiques belges". Bpost avance alors de donner le droit aux actionnaires, qui détiennent un certain pourcentage d’actions, de proposer un certain nombre d’administrateurs proportionnel à leur participation, sans toutefois dépasser un tiers des membres. Ceci permettra de diminuer l’influence de l’Etat belge dans le choix des administrateurs, si sa participation dans le groupe diminue en deçà d’un certain seuil. Bpost offre également un droit de veto aux Néerlandais car il faudra atteindre une majorité de 75 % pour les décisions concernant les modifications de la charte de gouvernance, les augmentations de capital, les propositions de dividendes, etc.

2PostNL va-t-elle accepter cette nouvelle proposition ? Lors des deux premières tentatives, la Poste néerlandaise avait très rapidement rejeté l’offre de bpost. En cas de nouveau refus, une réaction rapide est attendue de la part de l’opérateur néerlandais. Des sources proches du dossier estiment par contre que si PostNL se tait jusqu’au week-end, c’est qu’elle accepte la proposition. L’entreprise a publié mercredi un court communiqué de presse faisant état de la bonne réception de la nouvelle offre de bpost, qu’elle décrit toujours comme "non sollicitée". "Nous l’étudions. […], en fonction des intérêts de toutes les parties prenantes de PostNL." Plusieurs importants actionnaires de PostNL, dont John de Mol (le magnat de la téléréalité, fondateur d’Endemol), font pression sur le conseil de surveillance de la société postale néerlandaise afin que des discussions soient entamées avec bpost, rapportait jeudi "De Financieele Dagblad". Une mesure prévue dans les statuts de PostNL pourrait être activée. Des actionnaires détenant au moins 10 % de parts peuvent convoquer une assemblée extraordinaire des actionnaires lors de laquelle l’acceptation de l’offre serait mise sur la table.

3Qu’en pensent les syndicats ? La CSC rappelle qu’elle est opposée à toute forme de privatisation de bpost. "Si bpost prospère aujourd’hui, c’est grâce aux efforts des postiers. Tout cela s’est fait dans un modèle de concertation à la belge. Il est donc hors de question de voir les Néerlandais venir dicter leur loi dans un système qui fonctionne !", s’indigne Stéphane Daussaint, le patron de la CSC Poste. Il craint que bpost verse dans une gestion "à la hollandaise" à cause du droit de veto, de possibles licenciements à cause de redondances dans la nouvelle entité et que bpost compense les 167 millions d’euros de plus mis sur la table par "des économies sur le dos du personnel".