"La recherche, matière grise, est sous-financée"

Pierre Loppe Publié le - Mis à jour le

Entreprise Entretien

Le Fonds de la recherche scientifique (FNRS en abrégé et FRS-FNRS dans les documents officiels) décernera, mardi, en présence du roi Albert II, cinq prix quinquennaux récompensant des scientifiques qui se sont distingués en Communauté française (trois en provenance de l’ULB et deux de l’UCL). L’occasion de rencontrer Véronique Halloin, secrétaire générale de cette institution à la fois réputée et peu connue du grand public. (1)

Quelle est la raison d’être de l’institution ?

Le FNRS a été créé il y a un peu plus de 80 ans à l’occasion d’un appel au mécénat par le roi Albert Ier. C’est une fondation d’utilité publique qui a pour mission de soutenir le développement de la recherche fondamentale dans les universités de la Communauté française, tant dans les sciences de la vie et les sciences exactes que les sciences humaines, sociales et politiques. Et ce, via des financements de différents types. Nos valeurs sont l’excellence, la créativité et la transparence. Le fait de centraliser les projets permet de sélectionner les meilleurs d’entre eux, sous l’égide de commissions scientifiques internationales indépendantes, sans le moindre établissement de quotas entre institutions. Nous faisons partie d’un réseau international au sein duquel nous échangeons nos meilleures pratiques. L’équipe compte 70 personnes et finance directement 2500 chercheurs FNRS. Elle soutient aussi un grand nombre de scientifiques et académiques.

Quel est le budget du Fonds ?

Il est de 150 millions d’euros au total. 62 % proviennent de la Communauté française, 24 % du fédéral, 3 % de la Région wallonne, 5,5 % du Télévie et 5,5 % de la Loterie nationale. Nous demandons un plan stratégique avec un refinancement de 35 % d’ici 2014. Cet objectif est cependant encore insuffisant pour être en ligne avec les objectifs de la Stratégie de Lisbonne, même si les politiques ont accru nos financements depuis quatre ou cinq ans. Le but est que les pouvoirs publics financent la recherche à hauteur de 1 % du PIB (le solde, soit 2 %, incombant au privé). Nous comptons aussi nous ouvrir davantage au mécénat, mais le contexte fiscal est défavorable à la philanthropie.

On est donc encore loin du compte…

Les deux tiers de l’objectif sont atteints. Nous nous situons dans la moyenne européenne et n’avons pas à rougir de la qualité de notre recherche au niveau international.

Dans le contexte économique difficile, la recherche n’est-elle pas laissée de côté ?

Je n’ai pas ce sentiment, m’inscrivant dans une dynamique positive. Les partis politiques intègrent de plus en plus la recherche dans leur programme. Par ailleurs, celle-ci apparaît de plus en plus comme une valeur refuge importante. C’est notre matière grise, notre matière première. Relativement épargnés, nous sommes vus d’un œil favorable par le public et le politique. Financer la recherche est une réponse au redéveloppement d’une société et à la compétitivité par l’innovation. Les multiples retombées ne sont pas toujours perceptibles. Cela ne cadre pas toujours avec certaines situations d’urgence ou calendriers électoraux.

Et la collaboration avec les universités ?

Nous travaillons main dans la main. Généralement, nous recevons 500 candidatures individuelles chaque année pour différents types de doctorats et postdoctorats. En 2010, on en dénombrait 800 à enveloppe budgétaire constante.

L’instabilité politique n’arrange rien…

Vu que nous avons une part de financement fédéral, c’est certain. En juillet dernier, nous avons adressé un mémorandum aux politiques, jugeant que le niveau de financement était insuffisant, particulièrement en ce qui concerne la recherche fondamentale, et plaidant pour le renforcement au niveau fédéral du programme PAI (Pôle d’attraction universitaire), dont le but est de soutenir les équipes d’excellence des deux communautés linguistiques travaillant en réseaux.

Le mémorandum a-t-il été suivi d’effet ?

Non, en tout cas pas encore. J’ai conscience que nos préoccupations sont secondaires par rapport aux négociations politiques en cours. Je ne vous cache pas que j’ai des craintes. Fort heureusement, l’écoute semble meilleure au niveau communautaire que fédéral.

Etes-vous confiante quant à l’avenir ?

Je suis optimiste. La reconnaissance de l’importance de la recherche s’impose comme une évidence. Tout récemment, le FNRS a contribué à la mise sur pied du consortium des calculs intensifs, soit 500 chercheurs utilisant des superordinateurs pour faire de la modélisation en matière d’enfouissement des déchets nucléaires, de climatologie, du design des nanoparticules, etc. Cela permet de rester compétitif tout en faisant des économies d’échelle. Ce consortium permet l’utilisation de ces ordinateurs en réseau, l’engagement de personnel qualifié et l’achat en commun de matériel plus performant.

(1) Plus d’infos sur www.frs-fnrs.be

Pierre Loppe

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