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Les travailleurs du secteur de la métallurgie on démarré une grève de 24h sans précédent en Allemagne après l'échec de négociations syndicats-patronat sur une augmentation salariale et une réduction du temps de travail. Une revendication qui apparaît régulièrement en Belgique aussi, selon Robert Plasman, professeur d'économie à l'Université libre de Bruxelles, spécialisé dans les politiques de marché du travail, de résorption du chômage et du temps de travail. Des milliers de travailleurs de la métallurgie et de l'électronique sont entrés en grève, jeudi, à l'appel du syndicat allemand IG Metall. Dans l'usine Ford de Cologne, seuls 50 employés sur 13.000 sont venus travailler et la production est à l'arrêt.

Les représentants des travailleurs réclament une augmentation salariale couplée à une réduction du temps de travail. C'est sur ce dernier point que les négociations avec le patronat ont échoué le week-end dernier: la possibilité pour les salariés de réduire leur temps de travail hebdomadaire à 28 heures pour une durée maximale de deux ans.

"Les travailleurs allemands réclament une redistribution des revenus en leur faveur après plusieurs années de gel des salaires - comme ce fut le cas en France ou en Belgique d'ailleurs", explique Robert Plasman.

"La réduction du temps de travail et une augmentation salariale serait selon eux un moyen de répartir plus équitablement les gains de productivité."

En Belgique aussi, la réduction du temps de travail est régulièrement brandie par les syndicats, dans le secteur de la métallurgie mais aussi dans la chimie, l'alimentation ou encore le non-marchand, relève le spécialiste.

"Entre 1950 et 1975, on était passé de 48h/semaines à 38h/semaine. Il y avait une tendance historique à l'abaissement de la durée du travail qui a ensuite été stoppée depuis une vingtaine d'années."

En Allemagne, les travailleurs sont aujourd'hui en meilleure posture face aux entreprises/actionnaires, surtout dans le secteur industriel où une pénurie de main d'œuvre se fait sentir sur fond de taux de chômage historiquement bas dans le pays (3,6%). Une situation qui permet aux syndicats de réclamer de meilleures conditions de travail. "Tout est question de rapport de forces", pour M. Plasman.

Leur réclamation de réduire le temps de travail pourrait influencer la Belgique en remettant le sujet à l'avant plan. Mais avec un taux de chômage de 6,3% (et de fortes disparités entre régions et secteurs), le rapport de force n'est pas le même.

Ce qui n'empêche pas certaines expériences locales, comme chez Bruxelles Propreté ou dans des administrations communales, qui veulent implémenter la semaine de quatre jours pour le personnel.

"En Belgique, ce serait une manière de répondre au risque accru de burn-out et à une pression accrue au travail", note Robert Plasman. "Pour autant que les travailleurs ne doivent pas effectuer le même volume de travail en moins de temps."

Réduire la durée du travail pourrait également contribuer à réduire le taux de chômage belge, selon lui.