Entreprise

Si l’on prend en compte les chiffres clés des principaux groupes financiers présents sur le territoire belge, il y a peu de souci à se faire en termes de pérennité. Les bénéfices sont au rendez-vous et les perspectives restent positives. Les analystes repris par les principaux sites financiers sont d’ailleurs tous optimistes, qui affichent un consensus sur le principe de "renforcer" les lignes d’actions sur ING, KBC et BNP Paribas. Sur base des chiffres les plus récents, ING serait pourtant à cet égard correctement valorisée avec un rapport cours-bénéfice (le nombre de fois que l’on paie le bénéfice en achetant une action) de près de 10, comme KBC, alors que BNP se traite à un peu plus de 8 fois les bénéfices. Même à ce prix, ING est la plus rentable pour ses actionnaires, puisque, sur base des dividendes attendus, le rendement brut de l’action est de 6 %. C’est un peu plus que ce que KBC et BNP paient à leurs actionnaires au titre de l’exercice 2015.

La rentabilité est certes mise sous tension depuis le creux de la crise de la dette souveraine en 2011, lorsque la Banque centrale européenne (BCE) a remis la pression sur ses taux d’intérêt directeurs en les amenant progressivement à zéro, en mars dernier. Mais jusqu’à présent, ce facteur était intégré, sans plus, les principaux acteurs bancaires du marché belge ne se concurrençant pas réellement. Las, pour ce que certains qualifient de "cartel" financier, se profilent désormais de réels concurrents très agressifs, avec les "FinTechs" qui ont déjà commencé à chasser sur les terres autrefois réservées aux grandes banques.

Maintenir le rendement

L’évolution des obligations prudentielles les met aussi sous pression en regard des exigences de rendement émanant des actionnaires. En effet, comme le montre une analyse récente effectuée par le consultant KPMG, si le rendement sur fonds propres du secteur bancaire belge est d’environ 10 % actuellement, les estimations prudentes font état d’un rétrécissement de ce rendement sur fonds propres à 6,3 % d’ici à 2019. La question, estiment les experts de KPMG, est de savoir comment les banques vont faire pour conserver ce rendement. Le principe de passer par une période de pertes n’est pas une option pour ces dernières, puisque les pertes rongent des fonds propres qu’on leur demande précisément de renforcer pour sécuriser leurs opérations… Pour conserver leur rentabilité dans un contexte économique tendu, KPMG note que les banques doivent programmer des réductions de coût à hauteur de 35 % environ, ce qui entraîne des effets non désirés, comme des répercussions sur le niveau de l’emploi et la qualité du service à la clientèle, sans oublier le transfert d’une partie des coûts de la régulation financière sur la clientèle au travers d’une hausse des prix des services, d’une augmentation des taux en vigueur sur les emprunts et d’une baisse des taux sur les produits de placement. Pour augmenter les recettes, les banques devraient aussi, note KPMG, investir dans des produits plus risqués. Enfin, dernière variable d’ajustement citée, les banques pourraient aussi réduire leurs dividendes. Ce qui ne serait pas du goût d’actionnaires gourmands.

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