Entreprise

Alors que le travail avait repris mardi chez ArcelorMittal après une grève générale de 8 jours (et la séquestration pendant plus de 24 heures de la direction locale), le couperet est tombé hier soir : la phase à chaud à Liège ne reprendra pas ses activités et c’est une décision définitive. Traduction : selon la CSC Metal, 600 sidérurgistes perdent leur emploi sur les 3 000 que compte encore l’entreprise en région liégeoise. "La fermeture définitive de la phase à chaud liégeoise est un véritable cataclysme pour le bassin sidérurgique", a déclaré mercredi soir le délégué syndical David Camerini (CSC). Pour les métallos de la FGTB, comptant aussi les emplois moins directs, les pertes d’emplois seraient de 1 000 postes de travail.

La raison expliquée hier soir au Val Saint Lambert (Seraing) aux représentants syndicaux régionaux et aux délégués de l’entreprise est la suivante : le site de Liège est en surcapacité et coûte trop cher au groupe leader mondial de la sidérurgie, qui s’inscrit dans une dynamique de fermeture des sites les moins rentables. Les détails, on ne les connaît pas encore à ce stade. L’information donnée hier par Geert Van Poelvoorde, administrateur délégué pour les sites de production de la Division "Nord" (Brême, Dunkerque, Sidmar/Gand, Liège), était basique.

Par contre, ce jeudi matin, un conseil d’entreprise extraordinaire est prévu à Liège afin que la direction puisse expliquer le contenu de la décision aux travailleurs. Dès hier, s’est aussi tenu à Luxembourg, au siège continental du géant de l’acier, un conseil d’entreprise européen : il se murmure que d’autres sites au niveau européen seraient également concernés par la volonté d’ArcelorMittal de recentrer ses activités sur les sites les plus productifs. Notamment, les sites de Florange et de Brême passeraient définitivement à la trappe. Selon Jordan Atanasov (CSC Metal), une action de grogne sociale à l’échelle européenne n’est pas à exclure. Pour en revenir à Liège, ce responsable syndical annonce une réponse syndicale forte à la décision du groupe. Elle reste cependant à déterminer en coordination avec les autres organisations représentant les travailleurs. Il est clair que les syndicats craignent également pour l’avenir de la phase à froid liégeoise. En effet, elle n’a reçu du groupe aucune garantie de pérennité.

Petit rappel : la phase à chaud à Liège qui vient d’être définitivement mise à mort repose (reposait ) notamment sur deux hauts fourneaux : celui de Seraing (le HF6), qui était déjà l’arrêt depuis 3 ans. Et celui d’Ougrée (le HFB) qui, momentanément stoppé l’été dernier, n’a pas été relancé au quatrième trimestre 2011.

Les 600 emplois directs qui seront détruits par la fin de la phase à chaud liégeoise concernent les travailleurs du HFB. Mais aussi ceux du site de l’aciérie en coulées continues (Chertal) qui va être arrêtée. Par contre, le train à large bande et la centrale énergie ne seraient pas concernés par la fermeture de la phase à chaud.

Si la réunion d’hier soir au Val Saint Lambert était une réunion "surprise", les syndicats sentaient venir cette décision dramatique pour la région liégeoise et la Wallonie en raison des conséquences indirectes qu’elle aura pour les sous-traitants (des centaines d’emplois sont en jeu).

En effet, en mars 2011, la direction du groupe, irritée par les grèves à répétition, avait annoncé le gel des investissements pour la phase liquide à Liège. Elle avait été arrêtée cet été pour ne plus jamais redémarrer. Plus généralement, la mauvaise conjoncture mondiale sur le marché de l’acier et les mauvaises perspectives poussent ArcelorMittal à "rationaliser".

Du côté politique, le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), après avoir rencontré la haute direction de l’entreprise sidérurgique, n’a pas fait de commentaires à ce stade. Et ce, afin de respecter le déroulement de la procédure Renault, explique sa porte-parole.