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La taxe Tobin, imaginée il y a une trentaine d'années consiste en un impôt (inexistant à ce jour) qui frapperait les transactions financières internationales.À l'origine, la taxe visait à contenir la volatilité excessive des capitaux et, partant, à lutter contre les abus de la spéculation financière. Elle devrait être bien dosée : suffisamment dissuasive contre les grands mouvements à court terme et modérée pour ne pas entraver les transactions commerciales ou liées à des investissements. En outre, le butin de cet impôt (aux allures d'amende) devait être rétrocédé aux pays les plus démunis.

Après des années de léthargie, l'idée de la taxe refait surface et d'aucuns souhaiteraient la voir à l'ordre du jour de la présidence belge de l'Union européenne.

La nature profondément idéologique de la taxe la place idéalement au coeur des débats les plus confus et animés.À l'extrême : une vision simpliste qui ravale la spéculation au niveau d'une pratique honteuse générant des profits aussi colossaux qu'illégitimes.

La taxe Tobin est un impôt généreux, voire rédempteur conçu toutefois pour ne pas être cher, dirimant mais pour rapporter gros tout de même, en rançonnant des comportements interlopes.À cette vision romantique, s'oppose un discours plus nuancé mais parfois embrouillé, spécieux et contradictoire. Les opposants à cette taxe invoquent, à grands renforts de discours incantatoires, son inefficacité, sa perversité, sa futilité et son impossibilité. En un mot, cet impôt est une chimère.

Ils tentent aussi, non sans raison dans une certaine mesure, de réhabiliter la spéculation, soit en la justifiant, soit en la relativisant ou en minimisant les gains par rapport aux risques encourus (et que dire des pertes).

La taxe Tobin est un prélèvement aveugle. La taxe serait inefficace, sa force dissuasive est un leurre; elle ne peut pas décourager la spéculation, sa charge étant relative. De plus, la taxe Tobin est perverse : en renchérissant le coût des transactions financières, elle altérerait le climat financier en pénalisant les flux financiers salutaires et régulateurs (ceux qui contribuent à une allocation efficace du capital).

Remarquons au passage que cette critique contient une contradiction eu égard au caractère prétendument inefficace de la taxe.

Une taxe futile ? Ce sont ici les bonnes intentions de l'impôt qui sont dénoncées, comment en effet s'assurer de sa bonne affectation qui, en outre, ne serait que d'un apport insignifiant (mais est-ce une bonne raison pour y renoncer) ?

Il est impensable enfin que tous les pays s'accordent à mettre pareil mécanisme fiscal en oeuvre sans compter qu'il faudrait aussi s'entendre sur la base de l'impôt et sur son niveau de pression fiscale. Le chantier très laborieux de la fiscalité européenne sur les revenus d'intérêts illustre bien la difficulté du sujet.

Bref, selon ses détracteurs, la taxe Tobin risque tout à la fois de coûter cher, de ne servir à rien et ne pas rapporter grand-chose, quel que soit le rôle fiscal que l'on veuille lui faire endosser : dissuasif (incitatif), distributif ou contributif.

La taxe Tobin, et c'est peut-être là sa faiblesse conceptuelle, poursuit avec une égale intensité deux finalités - dissuasive et contributive ou distributive - qui peuvent se neutraliser.

Si les pays riches veulent intensifier leur effort pour aider les plus pauvres de la planète, il leur est loisible de le faire sans nécessairement y consacrer un impôt spécifique.

Une part plus substantielle de leur PIB pourrait y contribuer. L'effort ne requiert pas d'entente mondiale, même si celle-ci est préférable. Il faut donc savoir ce que l'on veut : lutter contre la spéculation ou aider les plus démunis en consacrant des moyens adéquats à chaque objectif.

La taxe Tobin, dans sa mouture actuelle, mêle maladroitement deux choses et les lie dans une séquence erronée.

En luttant d'abord contre la pauvreté, on restaurerait un peu les équilibres économiques. À partir de là, on pourrait espérer peut-être brider la spéculation qui se nourrit de ces différences et de l'instabilité inhérente aux économies les plus fragiles.

En restant confiné à un principe aux allures de mirage ou de légende et en mêlant deux combats en une vaine croisade, le projet perd sa crédibilité et se condamne lui-même.

C'est regrettable car de la sorte on glose beaucoup, sans vraiment s'interroger en profondeur sur l'opportunité de circonscrire les spéculations délétères et la prolifération de la pauvreté dans le monde et sur les moyens réalistes d'y parvenir.

Députée bruxelloise PRL-FDF

© La Libre Belgique 2001