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Plus qu’une révélation, c’est une confirmation. Si l’année 2011 restera gravée en Europe comme une année de crise, d’incertitudes économique et de dettes à combler, elle est synonyme de croissance, de perspectives positives et d’excédents budgétaires pour bon nombre de pays dans le monde.

Car c’est une constante depuis plusieurs années : l’Occident perd de son influence sur les échanges économiques de la planète. Et cela se traduit dans les chiffres. D’après le FMI, les pays dits "émergents" et en voie de développement représentent désormais plus de la moitié de l’économie mondiale, alors que ce chiffre n’était encore que de 40 % en 2000. Parmi eux, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) se rapprochent de plus en plus des économies des "pays avancés", voire les dépassent. Comme nous l’avions annoncé il y a un mois (voir LLB25/11), le Brésil vient ainsi de "chiper" la sixième place au Royaume-Uni dans le classement des plus grandes économies de la planète du "Center for Economics and Business Research".

Si les Etats-Unis restent au premier rang au niveau mondial, ils se voient talonnés par une Chine de plus en plus pressante. L’Allemagne (4e) et la France (5e) confirmant, elles, leur statut de moteurs économiques européens. Mais ces moteurs pourraient s’enrayer dans les prochaines années, puisque la France devrait rétrograder au 9e rang mondial en 2020, tandis que la Russie et l’Inde entreraient dans le Top 5. Car si l’on en croit les propos de Douglas McWilliams, directeur du "Center for Economics and Business Research", interrogé il y a deux jours par la BBC, l’épicentre économique bascule, lentement mais sûrement, vers l’Est du Vieux Continent. Le classement montre ainsi "le poids croissant de l’Asie dans l’économie mondiale, au détriment des pays occidentaux".

Le Sud n’est pas oublié "On voit également que des pays qui produisent des biens de première nécessité, comme les aliments et l’énergie, s’en sortent très bien et montent progressivement dans le classement économique mondial", explique M. Mc Williams.

L’exemple du Brésil, l’un des plus grands exportateurs de viande bovine, soja et bioéthanol, est là pour l’illustrer. D’autant que le géant sud-américain est également devenu une puissance pétrolière depuis la découverte, il y a peu, d’immenses gisements d’or noir au large des côtes de Rio de Janeiro.

Mais d’autres pays profitent de cette raréfaction et de la demande croissante de matières premières. Et à ce petit jeu-là, le pétrole reste l’une des matières premières les plus rentables. L’Arabie Saoudite vient ainsi d’annoncer un excédent budgétaire de 81 milliards de dollars pour l’année 2011. Soit le double des prévisions du ministère des Finances local. Le royaume, qui tire l’essentiel de ses revenus du pétrole, calcule généralement son budget sur la base d’un prix d’environ 60 dollars le baril. Or les cours ont tourné cette année autour de 100 dollars

En Afrique, certains pays comme l’Angola et le Nigeria surfent également sur l’or noir. Ce qui a permis au premier de renverser totalement les rôles avec son ex-colonisateur, le Portugal. Etrange soubresaut de l’histoire, des firmes angolaises (tout comme celles provenant d’un autre "ex-colonisé", le Brésil) ont investi massivement dans les secteurs bancaires et de l’énergie portugais, plongés dans une grave crise. Attirés par une économie en très forte croissance, près de 100000 Portugais ont déjà émigré vers le pays lusophone africain.

En novembre dernier, le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, s’est rendu à Luanda pour accroître ses investissements. Il a reçu un accueil favorable et intéressé. "L’Angola est ouvert et disponible pour aider le Portugal à faire face à cette crise, au bénéfice et à l’avantage des deux pays", a expliqué le président angolais, José Eduardo Dos Santos.

La situation, inimaginable, il y a quelques années, interpelle les économistes. D’aucuns évoquent déjà une "colonisation" du Portugal par le pays africain. "Ce n’est pas tout à fait la vérité, explique, Francisco Saarsfield Cabral, un analyste portugais, cité par RFI. L’Angola est important du point de vue économique pour le Portugal. Mais pas aussi important que l’Europe".

Car, et les premiers signes de ralentissement de certains "émergents" le prouvent, personne n’a vraiment intérêt à voir l’Europe plonger dans le marasme économique : malgré son fléchissement, l’Union européenne, avec ses 500 millions de consommateurs, reste l’un des marchés les plus prisés de la planète. Tout le monde se tient, ou presque. C’est aussi cela la réalité économique en 2011.