Entreprise

Les bières de l’abbaye de Val-Dieu à Aubel, dans la province de Liège, font partie des dernières rescapées à être brassées à l’intérieur même d’une abbaye. "A ma connaissance, nous sommes les seuls en Belgique avec l’abbaye d’Aulne" , explique Michaël Pelsser, directeur commercial de la brasserie Val-Dieu. Certains de ses "collègues" respectent néanmoins certains critères comme le fait de verser des royalties aux moines pour les bonnes œuvres. "Nous sommes d’ailleurs vingt-deux brasseurs à avoir créé le label ‘véritable bière d’abbaye’, ajoute Michaël Pelsser. Car sur plus de 120 bières belges dites d’abbaye, la grande majorité utilise ce qualificatif à des fins de marketing." A côté de ces vingt-deux bières d’abbaye "labellisées" figurent également les trappistes : "Ces bières doivent être fabriquées par des moines ou sous leur contrôle et l’essentiel des bénéfices doit être consacré à des œuvres sociales", précise Michaël Pelsser.

C’est en 1997 que l’exploitation de la brasserie a été relancée par Alain Pinckaers et Benoît Humblet au sein de l’abbaye de Val-Dieu. Ils ont racheté le nom à Corman Collins qui faisait brasser en Flandre la Triple de Val-Dieu. Historiquement, la brasserie était utilisée par les moines de l’abbaye pour éclaircir l’eau trouble. Ils produisaient également des bières légères pour leur propre consommation.

Les deux fondateurs de la brasserie ont signé un bail emphytéotique d’une durée de 99 ans avec la communauté cistercienne qui est toujours propriétaire des lieux. Malgré cela, tous les frais de restauration et d’entretien sont à charge de la brasserie. Détenteur d’une licence en sciences commerciales, Michaël Pelsser est entré chez Val-Dieu en 2005. A seulement 28 ans, il a racheté les parts d’un des cofondateurs il y a deux ans et demi. Il dispose maintenant de la brasserie à parts égales avec son oncle.

En quinze ans, le volume des bières brassées n’a cessé d’augmenter. Des 2 000 hectolitres produits au cours de l’année 2000, on est passé à 6 000 hectolitres en 2007, pour arriver à 7 500 hectolitres l’année dernière. Cela représente 50 000 casiers et 10 000 fûts mais on est encore à des années-lumière des 400 millions d’hectolitres d’AB Inbev après le rachat de Modelo. L’ambition de l’abbaye de Val-Dieu est d’arriver à une capacité de 15 000 hectolitres d’ici 2016.

Au fil des années, le business s’est recentré autour des marques Val-Dieu, qui représentent 90 % de la brasserie. Au départ, la moitié de l’activité concernait des bières à façon, c’est-à-dire des bières brassées pour des clients selon leurs critères.

Parmi les clients de l’abbaye de Val-Dieu figure notamment le Standard de Liège pour lequel elle brasse la "bière des Rouches". "Au sein de nos marques, nous brassons principalement la blonde (6°), la brune (8°), la triple (9°) et la grand cru (10,5°), note Michaël Pelsser. Pour Noël, nous avons une bière spéciale qui détonne un peu de ce que fait la concurrence. Alors que les bières de Noël sont souvent fortes et brunes, la nôtre est ambrée et titre 7°."

La brasserie de Val-Dieu a décidé d’adopter une stratégie locale en se concentrant sur les 50 km qui entourent l’abbaye. La marque est donc bien implantée à Liège, à Maastricht et dans le Limbourg. "70 % de notre production est écoulée en Belgique, précise Michaël Pelsser. Nous couvrons actuellement treize pays à l’exportation avec en tête les Etats-Unis, l’Italie et la France. Je n’ai pas encore de clients parmi les Brics mais ils commencent à se renseigner."

Pour assurer son développement, l’entreprise a dû consentir de lourds investissements. Depuis 1997, deux millions d’euros ont été déboursés pour l’achat de machines dont certaines ont été remplacées. Et l’année passée, la brasserie a dépensé 400 000 euros en investissements.

Actuellement, cinq personnes travaillent au sein de la brasserie Val-Dieu. "Il y a deux personnes à la production et un homme à tout faire, explique Michaël Pelsser. Mon oncle, qui détient la brasserie avec moi, s’occupe plutôt des questions techniques tandis que je m’occupe du côté administratif et commercial."