Entreprise

A 45 ans, Pierre Rion (président honoraire d'Iris Group) a pris un peu de recul par rapport à la vie trépidante et un peu folle des hommes d'affaires. Il se consacre dès lors à sa famille, et à de multiples hobbies. Et puis, il est aussi devenu collectionneur. Mais un collectionneur-investisseur-passionné un peu particulier. En effet, il aligne dans son garage une douzaine de motos qui n'ont qu'un dénominateur commun: il n'a pas pu les acheter dans les années 70, alors qu'il en rêvait. «Ces motos-là, que je voyais dans les magazines, dont on parlait, je n'ai pu qu'en rêver. En fait, je bavais littéralement en y pensant.» Pierre Rion a loupé cet épisode de sa vie de jeune homme, mais il a brillamment réussi dans les affaires. Aujourd'hui, il pourrait tout aussi bien s'offrir la dernière Ducati ultra-puissante, ou la plus grosse Honda. Mais c'est sur les motos des années 70 qu'il a jeté son dévolu. «C'est une forme de vengeance sur la vie. Je me venge en achetant ce que je n'ai pas pu avoir, par manque de temps, d'argent... Un beau jour, j'ai pris cette décision. J'ai établi une liste des motos que je «devais» avoir, puis, j'ai entamé les recherches.» Pour le plaisir des yeux et des oreilles, Pierre Rion fait «tourner» les bolides alignés dans un garage sécurisé à Bruxelles. L'une à côté de l'autre, il a réuni les trois «six cylindres» produites dans les années 70 alors que les constructeurs rivalisaient en puissance et en cylindrée. Une Benelli 750 Sei démarre en crachotant - une des soupapes d'échappement manque sans doute d'étanchéité. Il faudra déculasser l'engin après avoir sorti le moteur du cadre étriqué, puis roder la pièce défaillante. Ça «pète» un peu, mais le moteur ronronne. La Honda CBX 1000 ne démarre pas: ici, c'est la batterie qui a besoin d'un petit coup de pouce. «C'est le plus dur à entretenir dans une collection de ce type. Il faut recharger régulièrement, et surtout, il faut rouler», explique Pierre Rion qui effectue toutes les opérations techniques lui-même. Toutes ses «bécanes» sont immatriculées et assurées. Le moteur de la CBX tourne rond, une fois démarré, il rugit sourdement, tout comme le 1300 cc de la Kawa six cylindres. Derrière ce monstre, une Ducati ST 4 de 916 cc rouge vif luit doucement. Elle n'attend qu'un coup de démarreur pour rugir, comme les trois BMW alignées à quelques pas. Sans parler de la Kawa 500 trois cylindres deux-temps qui ronge son frein. Il ne lui en manque plus que trois: un modèle turbo des années 70, une Suzuki à moteur Wankel et l'inabordable Morbidelli V 8.

Une collection de ce type, ça doit coûter des sous? «En fait, les machines ne sont pas très chères. Pas plus de 4 à 5.000 euros l'unité.» Mais tout ce qui se raréfie... « Sans doute, mais de toute manière, je n'imagine même pas le principe d'une revente. Et, honnêtement, j'ai déjà discuté avec mes fils d'une éventuelle répartition. Mais ça, c'est pour plus tard

© La Libre Belgique 2004