Entreprise

Philippe Henry (Ecolo) est le ministre wallon de l’Aménagement du territoire (mais aussi de l’Environnement et de la Mobilité). Il réagit aux récentes critiques portant sur le manque de terrains affectés aux activités économiques en Wallonie. Un manque qui aurait carrément découragé des investisseurs étrangers.

Les patrons wallons, notamment, font régulièrement part de leurs craintes à l’égard du manque de terrains pour les entreprises en Wallonie. Où en est-on ?

Le besoin en terrains des entreprises et la création de zones d’activités économiques sont une préoccupation générale du gouvernement wallon et de moi-même. Mais c’est déjà résolu en grande partie. En effet, on a libéré 1700 hectares supplémentaires pour les activités économiques à partir de zones agricoles et on devrait encore y ajouter 400 hectares d’ici fin juin. Ceux-ci seront pris notamment sur des terres urbanisables. Cela suffira pour les deux prochaines décennies. Mais il faut trouver un équilibre global vis-à-vis du monde agricole.

Pour arriver à ces chiffres, il faut beaucoup de temps…

Cela prend plusieurs années pour les libérer, effectivement. Il faut modifier les plans de secteur, équiper ces zones, mener la procédure d’octroi des permis, etc. Ce n’est pas tout de créer des zonings, encore faut-il libérer les "bons" terrains ! Des évaluations étaient donc nécessaires afin de ne pas gaspiller le territoire wallon. Il fallait par exemple que ces terrains soient bien situés du point de vue de la mobilité. Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises demandent que l’on mette des bus pour desservir leur zone car elles sont loin de tout...

Au-delà des études, chaque dossier n’est-il pas concrètement problématique ? Autrement dit, considère-t-on suffisamment l’aménagement du territoire comme un facteur de développement de l’économie ?

Les décisions pour libérer des terrains sont difficiles à amener car elles ont un impact potentiel important sur l’environnement local. Il est vrai que la conscience collective n’est pas très aboutie sur ces enjeux-là. Mais on ne peut plus maintenir le modèle actuel d’étalement sur tout le territoire : il est bien sûr limité. Et l’étalement implique des coûts importants en termes de voiries, d’énergie, etc. On raisonne donc selon une logique de recentrage par rapport à des axes de communication. Les entreprises et la population nous le reprocheraient dans plusieurs années si on ne réfléchissait pas à la localisation des nouveaux terrains selon ces préoccupations.

Donc, vous certifiez que la Wallonie est parée pour l’avenir en termes d’hectares disponibles ?

L’atout de la Wallonie restera la disponibilité de terrains, oui, bien sûr. Il n’y a pas que la surface des nouvelles zones qu’on affecte aux activités économiques. Des anciennes parcelles doivent aussi être redéveloppées lorsque les entreprises sont parties en laissant ces zones en friche. Parallèlement, nous voulons densifier les zonings existants. Avant, c’était différent : on ne réfléchissait pas aux dimensions accordées aux entreprises qui investissaient. Les terrains étaient grands mais pas utilisés à 100 %. Cela change.

Par exemple ?

Le plus bel exemple, c’est la réaffectation du site de 9 hectares du Val Benoît à Liège. Il est en pleine ville, près de la gare, longé par une route, par la voie d’eau Il traduit surtout cette volonté de densification grâce à un agencement "vertical" des entreprises ! Je veux dire par là qu’il ne faut pas se focaliser en nombre d’hectares pour les activités économiques mais plutôt sur le nombre d’entreprises que les zonings peuvent accueillir.

Accueillir… malgré le phénomène Nimby, qui frapperait de plus en plus fort ?

C’est un phénomène assez central évidemment. Mais ici aussi les choses évoluent. Par exemple, aux anciennes forges de Clabecq (Tubize), Duferco va réaffecter 80 hectares. Et cela, sans apport financier de la Région. Mais le privé a souhaité que la Région et la population locale participent à sa démarche de réaffectation. Il y a une réflexion sur les liaisons avec le village, l’agencement des espaces verts, les voiries Des choses très concrètes. Les gens sont associés et dès lors peuvent modifier eux-mêmes le contenu du projet. Finalement, les nuisances liées à la présence de l’entreprise seront réduites. Comme ministre, j’essaie de promouvoir cela.

Justement, va-t-on vers des règles plus strictes pour obliger les entreprises à passer par cette association ?

C’est une question qui est examinée actuellement dans le cadre des "Ateliers du territoire" menés parallèlement à l’évaluation du Cwatupe (le Code wallon de l’urbanisme). Suite à cette réflexion, il est en effet possible que l’on modifie les procédures de concertation dans ce sens. Mais le plus important, c’est de convaincre les acteurs des projets pour évoluer naturellement vers des situations comme celle de Tubize-Clabecq. Ce n’est pas qu’un enjeu de règles formelles. C’est une question de mentalité, qui ne se décrète pas.

Certains secteurs sont-ils plus “en avance” à ce sujet ?

Par exemple, les carrières mettent en œuvre cet esprit de concertation depuis longtemps. Elles sont non seulement dans une dynamique qui promeut le développement durable, la réduction des émissions de CO2, mais il y a aussi une concertation sociale quant aux sites, aux nuisances qu’ils occasionnent et à leur avenir après exploitation.