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ENTRETIEN

Bruno Van der Linden, directeur de l'Ires (Institut de recherches de l'UCL), sera l'un des membres du panel.

Comment se porte la Wallonie du plan Marshall? Où les efforts doivent-ils encore être portés?

De 2000 à 2004, d'après les derniers chiffres connus, la croissance du PIB (produit intérieur brut) wallon est inférieure, légèrement, à celle du PIB de la Flandre. La moyenne de l'écart de taux de croissance annuel est de 0,3 pc au cours de ces années. Le rythme moins soutenu de l'investissement est depuis longtemps une préoccupation majeure en Wallonie. En revanche, le rythme de croissance des exportations est à l'avantage de la Wallonie.

On sait que le chômage est plus marqué en Wallonie. Cette réalité est, hélas, déjà ancienne. Cependant, la Flandre a utilisé davantage certaines mesures de retrait de la population active. Pour tenir compte des deux aspects, on peut regarder le rapport entre le nombre de chômeurs et d'«inactifs» d'une part et la taille de la population en âge de travailler d'autre part. Ce rapport demeure beaucoup plus élevé en Wallonie - et à Bruxelles - qu'en Flandre.

Quand la situation économique se dégrade, toutes les régions connaissent une dégradation en matière de taux de chômage. La position relative de la Flandre se détériore alors par rapport à la Wallonie. Mais, la Flandre exploite nettement mieux les périodes favorables pour réduire son taux de chômage. Au total, le second effet est plus fort que le premier.

La part d'emploi public et non marchand est nettement plus élevée en Wallonie qu'en Flandre. Ces secteurs sont également créateurs de valeur pour la société et ils y remplissent des fonctions essentielles. Ils sont néanmoins dans une plus large mesure subventionnés que le secteur privé «à but lucratif». Il faut donc une forte assise économique privée pour soutenir ces secteurs publics et non marchands. Le renforcement de cette assise est donc vital.

La Wallonie crée-t-elle suffisamment d'emplois? La formation est-elle adaptée?

La Wallonie connaît depuis des décennies un problème d'insuffisance de création nette d'emplois. On entend dire que la Wallonie souffre «d'un manque d'offres d'emploi» et la Flandre «d'un déficit de main d'oeuvre». C'est une caricature. Les deux problèmes coexistent à des degrés différents.

En 2005, à la Société royale d'économie politique de Belgique, le professeur Capron de l'ULB déclarait: «en emploi et formation, la Wallonie dépense 2,2 fois plus par habitant et 36 pc de plus par demandeur d'emploi que la Flandre mais pour quel résultat?». On peut y voir un doute généralisé sur l'efficacité de cette gamme de politiques. J'y verrais pour ma part un manque cruel d'évaluation digne de ce nom, qui ne se limite pas à ce type de mesure.

Comment jugez-vous le soutien des entreprises et universités?

Au cours des dix dernières années, divers auteurs, dont la Cour des comptes en 2003, ont émis des remarques critiques sur les primes à l'investissement en Wallonie. La complexité des aides diverses est bien réelle. Il y a assurément une prise de conscience de ces imperfections et une volonté de réforme. Comme toujours, tout est dans la mise en oeuvre. Quant aux universités francophones, elles semblent parvenir à maintenir un rang valable parmi les universités européennes avec des moyens rétrécis. Pour combien de temps encore, à l'heure où d'autres centres jouissent d'un financement beaucoup plus favorable et où se développe une batterie d'indicateurs visant à améliorer la comparaison des performances universitaires européennes?

L'image de la Wallonie reste-t-elle un problème?

Même à l'époque d'Internet, les images que l'on se fait d'une région ont une forte persistance dans le temps. Il faut donc frapper un grand coup et le faire savoir pour espérer changer ces images.

© La Libre Belgique 2006