Entreprise

Lakshmi Mittal n’a jamais été un enfant de chœur, mais un homme d’affaires sans état d’âme. Il suffit pour s’en convaincre de regarder sa caste. D’où vient-il et qui est-il vraiment ? Il y a bien sûr la biographie officielle du personnage. Celle-ci est connue. Né au Rajasthan, dans le nord-ouest de l’Inde, en 1950, il grandit dans une maison sans électricité ni eau courante. Son père, Mohan Mittal, fonde une petite aciérie à Calcutta.

Initié très tôt au monde des affaires, Lakshmi part en Indonésie où il monte sa propre entreprise en 1976. Il n’a alors que 26 ans. Trente-cinq ans plus tard, le magazine américain "Forbes" le classe 21e fortune mondiale. Un conte de fée ? Pas vraiment. Lakshmi Mittal n’a fait qu’accomplir son destin.

L’entrepreneur est originaire de la communauté Marwari, qui appartient à la caste des Vaishya, les hommes d’affaires, bien connue en Inde. Les Marwari sont pour la plupart des chefs d’entreprise. Leur devoir ? Gagner de l’argent. Chez les Hindous, le devoir est une notion très importante appelée dharma. Le dharma renvoie à ce qu’il faut accomplir pour réussir sa vie. A terme, cela contribuera à la bonne réputation de la famille.

Et chez les Marwari, cela signifie qu’on peut être prêt à tout pour développer l’entreprise. Y compris licencier si cela permet d’accroître les bénéfices. En Inde, ils ont la réputation d’être des entrepreneurs sans scrupule, de redoutables négociateurs, durs en affaires et persévérants. Pour parvenir à leurs fins, ils vénèrent la plupart des divinités hindoues, notamment Ganesh, le dieu éléphant qui porte chance. Il n’est pas rare d’apercevoir une peinture ou une statue de ce dieu dans les commerces indiens ou au-dessus des portes d’entrée.

Et puis, il y a Lakshmi, la déesse de la fortune, dont Mittal porte le prénom. Son rôle est de répandre la richesse sur ceux qui se tournent vers elle. Les Marwari peuvent étaler leur argent, mais rarement de façon grossière ou ostentatoire.

A deux exceptions : quand ils marient leurs enfants ou après la naissance d’un fils. Ils dépensent alors des dizaines voire des centaines de milliers de dollars pour préparer la noce, qui dure en général trois jours. Il n’est pas rare que les invités reçoivent chacun une enveloppe avec quelques billets.

Redistribution

Lakshmi Mittal a marié sa fille en 2004 au château de Vaux-le-Vicomte, près de Paris. La fête a duré cinq jours. Elle aurait coûté, selon la presse indienne, 55 millions de dollars. Mais réussir n’est pas tout pour les Marwari. Leur dharma leur dicte aussi de redistribuer une partie de leur richesse. Les grandes familles Marwari comme les Mittal financent la construction de temples, d’écoles et d’hôpitaux en Inde. Ce qui leur permet, au passage, de payer moins d’impôts.

Ces institutions ne sont pas gratuites. Une fois leur création financée, elles doivent générer leurs propres revenus. Les Marwari n’ont pas la réputation d’être des philanthropes.

L’histoire des sites de Liège était-elle écrite dans le ciel ? Après avoir mis la main sur Arcelor, Lakshmi Mittal avait promis qu’il n’y aurait pas de licenciement à l’issue de ce mariage industriel. Mais il fallait lire ses déclarations entre les lignes.

En octobre 2006, dans une interview accordée à la chaîne américaine CNN, Lakshmi Mittal avait été ambigu. Interrogé alors sur sa promesse de préserver les emplois, il avait répondu à propos d’Arcelor et de Mittal : " Les deux groupes ont leurs propres engagements à tenir en matière d’investissements, de croissance et d’emplois. Nous nous y tiendrons ." Venant d’un Marwari, le sous-entendu était subtil : si la croissance et l’investissement exigent davantage de rentabilité, ainsi soit-il !