Le bain de jouvence de Spa

PAR ANNE MASSET Publié le - Mis à jour le

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S pa, perle des Ardennes». Certainement. «Spa, ville d'eau authentique» ? Certainement plus autant qu'avant. En un mot, la ville s'endormait, vivait sur son passé. Le constat ne date pas d'hier, partagé par l'ensemble des acteurs économiques locaux, mais il a fallu du temps pour mener à bien le projet ambitieux d'un nouveau centre thermal au coeur de la ville... et en plein bois. Astuce à la clé: un funiculaire - «un argument touristique de plus», se réjouit l'Office du tourisme - qui transportera les curistes et les autres de l'esplanade au pied de l'Office du tourisme, aux Thermes nouvelle mouture, 80 mètres plus haut sur la colline Annette et Lubin. Un complexe (avec vue) magnifique pour un thermalisme du XXIe siècle. Et presque en face de l'ancien bâtiment, les «Thermes historiques» plutôt que les «anciens Thermes», comme aime à le préciser Félix Perin, le directeur des Thermes de Spa pour quelques semaines encore (jusqu'à sa pension) et surtout l'initiateur du nouvel établissement qui devrait ouvrir ses portes «en tout cas pour la mi-mars, une ou deux semaines avant sans doute». Mais pas le 21 février, date initiale de l'inauguration. «Lesdits Thermes historiques n'étaient plus rentables du tout», explique Félix Perin qui relève de Spa Monopole, la filiale de Spadel qui gère les thermes jusqu'à présent et est concessionnaire de l'exploitation des eaux, que ce soit pour la mise en bouteilles ou le thermalisme. «Depuis la disparition de la prise en charge du prix des cures par la sécurité sociale - les restrictions ont débuté en 1988, alors qu'avant tout était gratuit -, il était difficile de répercuter le coût réel sur le client. L'Italie, l'Allemagne et la France ont connu le même changement. Avant, on travaillait avec 250 curistes par jour. On est passé de 100 clients par jour à 80, 50 et moins encore dans un bâtiment dont les charges restaient identiques. Il fallait donner le maximum au niveau du service et de la qualité dans des installations totalement vétustes». Conclusion: pour être rentable, il fallait un nouvel outil. Adapté, rénové. Repensé. «Spa Monopole a alors mis la ville de Spa au pied du mur en lui disant que nous voulions bien continuer le thermalisme mais pas perdre de l'argent», continue Félix Perin. Le groupe a des arguments de poids puisqu'il paye bon an mal an 5 millions d'euros de redevances à la ville. Parfois plus: «2003 fut une année exceptionnelle pour Spadel, pour Spa aussi puisque nous devrions payer à la ville 5,5 millions...»

Résultat: un complexe flambant neuf qui, à l'heure actuelle, se termine. Investissement global: 14,834144 millions d'euros - c'est dire qu'en 3 petites années seulement, l'établissement est «payé» par les redevances de la société - dont plus de 13 millions sont financés par Aqualis, l'intercommunale créée voici 5 ans pour les besoins de la cause, et le solde, 1,2 million, par Spa Monopole. Aqualis est propriétaire des murs et des terrains, Spa Monopole des équipements intérieurs, du bureau des réceptionnistes aux fameuses baignoires en cuivre qui font le charme du traitement spadois.

Autre acteur de la nouvelle mise en scène, Eurothermes, la société française spécialisée dans le domaine à qui Spa Monopole a décidé de confier la gestion quotidienne du site. Pratiquement, Spa Monopole, propriétaire de la marque «Thermes de Spa» et du logo, concessionnaire du thermalisme, a délégué ses obligations à un «sous-concessionnaire», Eurothermes, à charge pour celui-ci de s'acquitter de la redevance fixe annuelle de 250.000 € due à Aqualis majorée d'un pourcentage variable du chiffre d'affaires (en fonction de l'augmentation de celui-ci). «Nous mettons tout à disposition de l'exploitant mais nous gardons la mainmise - et la responsabilité - sur le thermalisme car cela fait partie de notre image. Cela nous coûte de l'argent, il faut donc que cela nous rapporte en termes d'image». Qu'a coûté à Spa Monopole l'exploitation des Thermes en 2003? «Le prix d'une campagne de pub. Sachant qu'il y a des campagnes qui coûtent cher, d'autres moins cher. Nous avons toujours considéré cela comme un soutien de marque... pour autant que cela marche», commente Félix Perin. Chiffre d'affaires annuel prévu: environ 3,5 millions d'euros étant entendu que la première année non seulement ne sera pas complète, mais est déjà handicapée par le retard de l'ouverture qui fragilise la couverture médiatique de l'événement et l'empressement du public.

Petit retour en arrière. «Il y a 16 ans que je pense au renouveau du thermalisme et le projet a pris cours il y a 12 ans», se rappelle Félix Perin. Les contraintes? «Rénover le concept, rester au centre-ville et trouver un endroit». Prendre exemple sur Vichy, Vittel ou Evian? Non. Sur Quiberon plutôt avec un flash pour sa piscine extérieure qui donne sur l'océan. «Là, on nage dans l'Atlantique; à Spa, on nagera dans la forêt», se dit Félix Perin qui fait son tour d'Europe, d'Afrique et d'Amérique du Nord. Et en sort avec une ligne de conduite: «Pas de piscine, pas d'hôtel, pas d'établissement thermal».

Un, le site. En 1994, il est choisi. Le hic, c'est que les terrains n'appartenaient pas à la ville mais aux Chemins de fer vicinaux. Avec la régionalisation, ils tombent dans l'escarcelle des Tec qui font monter les enchères... Mais Spa Monopole n'en démord pas: ce sera là ou la société abandonne le thermalisme et Spa redevient ville industrielle. Les études - Spa Monopole et la ville y participaient - portaient sur ce site. Point. «J'ai dû convaincre 21 conseillers communaux. J'ai proposé au bourgmestre d'aller jusqu'à Baden-Baden, la Rolls-Royce des stations thermales». L'affaire se fait. Un concours d'architecture est alors lancé avec un cahier des charges très précis: piscines, saunas, hammams, nombre de cabines y sont indiqués. C'est Claude Strebelle qui est retenu, lui qui a entièrement remanié la place Saint-Lambert à Liège.

Deux, un hôtel. A Spa, l'hébergement n'a jamais été compris dans le prix de la cure. «Il y avait dans les belles années plus d'un millier de chambres et les particuliers avaient coutume d'ouvrir leur maison», évoque-t-on à l'Office du tourisme. «Aujourd'hui, on en compte 6 à 700 et il n'existe plus qu'un hôtel typique, le Cardinal». Juste en face des Thermes «historiques» et du casino, autre élément indispensable d'une ville d'eau qui se respecte. A partir du 14 mars, un Radisson SAS de 120 chambres ouvrira ses portes tout juste à côté du funiculaire et pour la première fois à Spa, le client pourra, de sa chambre, ralier le centre thermal en peignoir, tout simplement. Car le Radisson SAS, qui possède déjà le Balmoral Hôtel (94 chambres) sur les hauteurs de Spa, a participé au financement de l'ascenseur incliné et a donc une des deux cabines à disposition. Le reste du financement a été pris en charge par Aqualis avec le soutien de la Région wallonne.

Trois, un établissement. Dédié à la fois au thermalisme, au bien-être et aux loisirs, accessible aux curistes mais aussi à tous ceux qui veulent profiter des piscines, saunas, jacuzzis et bains turcs. «Il y avait sur la colline un hôtel qui datait de l'entre-deux-guerres, qui fut racheté par les Chemins de fer vicinaux, toujours eux, qui le transformèrent en centre de vacances pour le personnel», rappelle Félix Perin. «Les travaux ont duré 27 mois et auront un retard de 3 mois. Il était prévu qu'ils se terminent d'abord le 1er décembre, puis le 31, ensuite le 31 janvier; à l'heure actuelle, on a arrêté la date du 21 février. Mais c'est un bâtiment complexe» . De 10.000 m complètement intégrés dans un site naturel avec à l'horizon, les Fagnes «dont provient la Spa Reine, notre produit phare» , souligne en souriant Félix Perin.

Pari réussi pour ce centre à nul autre comparable en Belgique. Réussi aussi pour son «patron» ? «Mon modèle géographique, c'était Quiberon. Ici, l'environnement est différent mais le niveau est atteint. Au point de vue architectural et finitions, j'avais en tête Vichy Célestins. J'y suis retourné avec Monsieur Strebelle. Le niveau est atteint ici aussi. L'installation des piscines est également très satisfaisante. Par contre, on aurait pu faire mieux du côté des saunas et hammams: leur nombre est insuffisant et nous ne disposons ni de saunas de types ou de températures différents, ni de hammams aux décors et lumières variés» . Avec cette conclusion: «Il faut compter une période de 3 ans pour que le nouveau lieu se lance, se cherche, se trouve. Et déniche la bonne formule en montrant de la souplesse à suivre l'évolution. Car ce sont les clients des Thermes d'en bas qui m'ont donné les meilleures idées à mettre en pratique, ici, en haut» .

Et que deviennent les Thermes «historiques» d'en bas construits en 1868 et gérés par Spa Monopole - nom originel: Compagnie fermière des eaux et bains de Spa - depuis 1921? Un centre de séminaires. A côté du casino...

© La Libre Belgique 2004

PAR ANNE MASSET

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