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Le bâton fonctionne mieux que la carotte." Mister "Q" aime les formules qui frappent. Et qui l’avantagent. Le bâton, c’est sa réforme visant à retarder progressivement l’âge de la pension anticipée à 62 ans avec un minimum de 40 ans de carrière. La carotte, c’est le bonus-pension instauré en 2005 et octroyant un supplément de pension aux travailleurs qui poursuivent leur carrière après l’âge de 62 ans ou une carrière de 44 années. Le Comité d’étude sur le vieillissement a voulu départager les deux. Son verdict est sans appel. Dans un rapport publié lundi, il écrit que "le bonus de pension a eu un effet moins significatif sur la probabilité de rester en emploi que la mesure d’allongement de la durée de carrière pour pension anticipée". Le ministre des Pensions Vincent Van Quickenborne (Open VLD) ne pouvait pas ne pas le relever.

Faut-il dès lors jeter le bonus de pension à la poubelle ? "Non, répond le ministre. Mais il faudra sérieusement le réformer." Pour rappel, chaque jour presté au-delà de l’âge de 62 ans ou après 44 années de carrière procure au travailleur un complément de pension de 2,2 euros. Une personne qui reste au travail jusqu’à 65 ans peut ainsi toucher jusqu’à 198 euros bruts de plus par mois pour sa pension. C’est le maximum. Dans les faits, le montant mensuel moyen du bonus s’élève à près de 116 euros pour les hommes et à 91 euros bruts pour les femmes. Cela correspond à un relèvement de la pension compris entre 8 et 18 %. Des différences qui s’expliquent notamment par le caractère forfaitaire du bonus. Un complément de 150 euros par mois est en effet proportionnellement plus important pour un pensionné qui touche 600 euros par mois que pour celui qui en a 1 500.

Aujourd’hui, 70 000 personnes bénéficient de ce système. Cela représente environ 22 % des nouveaux retraités. Ce qui n’est pas énorme. Les raisons qui expliquent ce bilan mitigé sont multiples. Il y a d’abord une question de notoriété. "Qui connaît l’existence du bonus-pension ?" peste Vincent van Quickenborne. Personne. Demandez autour de vous." Il existe aussi un certain nombre de dispositifs qui incitent les gens à quitter le marché du travail à 60 ans et qui sont plus attractifs que le bonus de pension. C’est le cas notamment de la pension complémentaire.

Bref, une réforme s’impose. Elle est annoncée pour la fin de l’année. Vincent Van Quickenborne a profité de la publication du rapport réalisé par le Comité d’étude sur le vieillissement pour en donner les grandes lignes.

Le ministre des Pensions veut d’abord faire correspondre le bonus de pension avec le recul de l’âge de la pension anticipée. "Le bonus doit inciter les gens à rester plus longtemps au travail, a-t-il argumenté. Il faut donc le réserver à ceux qui ont le choix de rester ou de partir. Cela n’a aucun sens de l’accorder à des gens qui sont obligés de travailler."

Vincent Van Quickenborne prône plus de justice aussi. Le Comité d’étude sur le vieillissement a montré que les ouvriers bénéficient rarement du bonus de pension. Et pour cause : ils commencent leur carrière plus tôt que les employés, connaissent des conditions de travail plus pénibles et tiennent difficilement jusqu’à 62 ans. Le ministre des Pensions veut corriger ce handicap. Il envisage par ailleurs de moduler le forfait selon l’âge. Le gain par jour s’élèverait à mesure que le travailleur prolonge sa carrière.