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S'il fallait une confirmation du vent d'optimisme soufflant sur l'industrie aéronautique, le 46e Salon du Bourget l'a fournie tant et plus. La fréquentation d'abord: 1 924 exposants venus de 41 pays, et une estimation de 480 000 visiteurs, peut-être plus, qui ont affronté un soleil de plomb pour voir les avions de combat virevolter à grand fracas dans l'azur, alors que la star incontestée, l'avion géant Airbus A 380, attirait tous les regards, tant au sol que lors de ses évolutions gracieuse et silencieuses, chaque jour de la semaine, vers 14h20.

«Airbus majuscule», «Airbus à impériale», le gros porteur européen, qui faisait sa première grande sortie en public, a été l'un des moteurs du «Paris Air Show». L'affluence du public fut telle, ce week-end, que les portes du Bourget ont dû être fermées pendant une demi-heure, vendredi après-midi, et ont été ouvertes une heure plus tôt dimanche. La reprise dans le secteur aéronautique est une autre raison de ce succès, de même que le retour des Américains, tant du côté civil que militaire, alors qu'ils étaient en froid avec l'Europe lors de la précédente édition du Salon, en 2003.

Le réveil du géant

Cette forte présence américaine coïncidait avec ce qui apparaissait comme le réveil du géant, Boeing. Celui-ci, dominé par Airbus depuis 2003, tant en livraisons d'appareils qu'en commandes, a clairement sonné la fin de la récréation en arrivant au Bourget avec 266 commandes et intentions d'achat pour son nouveau biréacteur très long courrier, 787 «Dreamliner». Airbus, qui jouait sur ses terres, a refait une partie de son retard. L'annonce de l'A 350, réplique au 787, a fait coup double: les acheteurs potentiels sont désormais placés devant un choix, et le carnet de commandes a commencé à se remplir. Au total, l'A 350 est l'objet de 125 précommandes, dont 95 passées lors du salon.

L'A 380 poursuit, lui, son petit bonhomme de chemin, avec 5 nouveaux exemplaires commandés pour un total actuel de 159, tandis que la famille des A 320 confirme son succès avec, notamment, 100 exemplaires achetés par une nouvelle compagnie indienne, IndiGo. Résultat du match: Airbus, 280 commandes et intentions d'achat pour 33,5 milliards de dollars; Boeing, 146 pour 15,19 milliards de dollars.

Il faut relativiser: ces montants sont des prix catalogue, passablement éloignés des montants payés par les acheteurs bénéficiant de rabais, notamment lors de commandes massives. Ensuite, comme se plaît à le souligner Boeing, Airbus a enregistré une part plus importante d'intentions que d'achats fermes. Normal: ne devant être lancé qu'en septembre, son programme A 350 ne pouvait être l'objet d'achats fermes. Enfin, le sort de ces contrats est parfois très aléatoire. Démontrant la fragilité du système, l'achat de 18 Boeing 777 (plus 18 options), ainsi que de 14 B 787 a été annulé samedi par Air Canada. Cette commande était suspendue à un accord avec l'Association des pilotes d'Air Canada (APAC), qui l'a rejeté, ceux-ci refusant les modifications des conditions de travail liées à l'utilisation des gros porteurs de Boeing.

Fifty-fifty

Au final, Airbus peut à nouveau espérer faire au moins jeu égal avec Boeing en termes de commandes cette année. Un fifty-fifty qui semble arranger tout le monde, alors que l'un et l'autre constructeurs savent désormais qu'ils ne peuvent plus se reposer sur leurs lauriers.

Un autre duel, plus discret, eut lieu lors de ce 46e Salon du Bourget: celui des avions de ligne de moins de 100 places, qui oppose le Brésilien Embraer, troisième constructeur mondial, à Canadair, quatrième mondial. Le premier a pris les devants, en vendant notamment 20 appareils de la série 190 au loueur américain GECAS. Cette série, allant jusqu'à une capacité de 120 places, grignote par le bas le marché des Airbus A 318 et des Boeing 737, et l'on peut s'attendre à ce que la société brésilienne n'en reste pas là.

Enfin, le Bourget 2005 a signifié d'où venait le vent dans le transport aérien. Toujours dans le rouge, les compagnies américaines sont restées très discrètes, seuls les loueurs se manifestant. Si l'on excepte celle de Qatar Air, les commandes les plus remarquables sont venues de compagnies à bas prix, tant au Moyen qu'en Extrême Orient. Son marché récemment ouvert au privé, l'Inde s'est particulièrement distinguée, et n'a sans doute pas dit son dernier mot.

© La Libre Belgique 2005