Entreprise

On en parle depuis longtemps, c'est aujourd'hui chose presque faite. La directive européenne sur le chocolat adoptée le 25 mai 2000, doit entrer en application, les textes la transposant en droit belge seront signés dans les jours qui viennent par la nouvelle ministre de l'Economie, Fientje Moerman. Les Etats avaient en effet 3 ans pour se mettre en ordre. Est désormais autorisé à hauteur de 5 pc dans la fabrication du chocolat, l'emploi de 6 matières grasses autres que le beurre de cacao... et nettement moins chères: illipé, beurre de karité, huile de palme, sal, kokum et noyau de mangue.

A l'époque, le débat avait fait rage, particulièrement en Belgique, le pays du chocolat, du «vrai» chocolat. L'écologiste belge Paul Lannoye, rapporteur du texte européen, avait dit tout haut ce que tout le monde - surtout chez nous - pensait tout bas: «Les seuls bénéficiaires sont les multinationales du chocolat qui souhaitent augmenter leurs profits en recourant à des matières grasses bon marché». La Belgique a toujours voté contre, tandis que la pratique était déjà monnaie courante dans les pays scandinaves et en Grande-Bretagne qui, depuis de longues années, faisait du lobbying à ce sujet.

Pratiquement, les deux types de chocolat peuvent désormais être commercialisés en Belgique et dans toute l'Europe. Est-ce que le consommateur y a gagné quelque chose? Pas sûr puisque selon les professionnels dont la chocolaterie Jacques, le chocolat «nouveau» n'est plus du «vrai» chocolat.

L'échec d'Ambao

Est-ce que cela va changer fondamentalement la donne sur le marché belge avec un chocolat à deux vitesses? Les acteurs du secteur s'en défendent, évidemment, mais la situation ne va sans doute pas manquer d'évoluer car les arguments favorables ne manquent pas: le coût de production est moindre; un tel produit est aussi plus facile à fabriquer et à conserver, tout bénéfice pour le fabricant. Du côté des «poids lourds» cependant, Côte d'Or affirme depuis longtemps ne pas avoir l'intention de modifier des recettes qui

«depuis 1883 sont à la base de la réputation de ses produits». Même écho chez Nestlé. Du côté des artisans, Jean Galler a toujours été défenseur d'un chocolat de qualité, pas question donc pour lui d'abandonner le beurre de cacao. Et pourtant, il a refusé d'adhérer à Ambao, la réponse belge à la directive européenne. Ambao, c'est une marque collective créée en octobre 2000, avec cahier des charges et contrôle à la clé. Le cahier reprend les caractéristiques du produit - comme la non-adjonction de matières grasses végétales autres que le beurre de cacao - et l'octroi de la marque passe par le payement d'un droit d'accès unique et, en 2000, d'un franc belge par kilo. Un surcoût qui a fait reculer Jean Galler et les autres avec lui puisqu'ils ne sont qu'une grosse dizaine à avoir fait le pas à l'instar des Jacques, Delhaize et Guylian par exemple. Ambao n'a donc pas rencontré le succès escompté auprès des fabricants. Itou chez les consommateurs qui n'en connaissent même pas le nom. Sans plus-value commerciale donc.

L'ajout d'autres matières grasses ne fait pas non plus l'affaire des pays producteurs de (beurre de) cacao. Et d'abord de la Côte d'Ivoire qui assure 40 pc de la production mondiale. Mi-2001, on estimait à l'ambassade à Bruxelles la baisse de la demande communautaire pour cette année-là entre 130 et 200.000 tonnes, une perte chiffrée à 300 millions de dollars.

© La Libre Belgique 2003