Le chômage en embuscade ?

Patrick Van Campenhout Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

Les marchés boursiers n’ont finalement pas sombré sur les quelques séances de cette semaine, et ont même tenté de revenir à la tendance positive qui prévaut depuis le printemps. Simple réaction après un gros coup de froid ? Difficile d’en être sûr, évidemment. On sait en effet que, si le risque d’une rechute des entreprises financières est suivi de près par les gouvernements et devrait donc être anticipé, la situation se gâte ou promet de se gâter encore sur le front de l’emploi. Les chiffres diffusés semaine après semaine aux Etats-Unis ne permettent pas de se faire une idée claire du problème, mais pour Janet Yellen, une des dirigeantes de la Réserve fédérale américaine (Fed), le risque est grand de voir l’économie se redresser sous l’influence des efforts des entreprises, mais au détriment de la composante humaine. Et de se référer, à ce propos, aux sorties de récessions en 1991 et en 2001. Deux périodes suivies par plusieurs années marquées par un faible taux de créations d’emplois. Les Etats-Unis connaissent actuellement un taux de chômage de plus de 10 %, inédit depuis plus de 25 ans. Pas très encourageant ? Sans doute, et c’est ce facteur qui conditionne dans une large mesure le maintien de la politique de taux zéro soutenue actuellement par la Fed.

Mais ceci n’est pas sans risque comme l’a confirmé cette semaine le Fonds monétaire international (FMI) dans une "note de surveillance", notant que, sur base de l’analyse des flux financiers, le dollar fait aujourd’hui office de devise de financement dans les opérations de "carry trade". On se souviendra que cette technique, qui fut utilisée longtemps sur le yen et aussi sur la couronne islandaise, consiste à emprunter dans une devise à faible taux d’intérêt pour la revendre et investir dans une devise à haut rendement ou dans des actifs risqués. Le dollar souffre de ce mal actuellement, et risque d’en souffrir tant que durera le temps des taux d’intérêt nuls comme pratiqués par la Fed. La pratique, hautement spéculative et risquée, n’est, en effet, pas interdite, ni répertoriée.

Ce qui laisse aujourd’hui le dollar à un niveau plancher face à l’euro, puisque l’on paie encore notre euro un dollar et demi sur le marché des changes. Et le risque persiste, comme le montre (notamment) la fermeté de l’once d’or qui s’est maintenant installée au-dessus des 1100 dollars.

Ceci ne déstabilise toutefois pas les groupes industriels lestés de liquidités dans leurs tentatives de renforcement par acquisitions. Hewlett Packard en est un des exemples avec l’annonce cette semaine de l’offre lancée sur 3Com, l’ancien propriétaire des ordinateurs palmaires Palm, pour 2,7 milliards de dollars. HP poursuit de cette manière sa diversification vers les services, 3Com étant désormais axée sur les techniques de réseaux. Une manière de rester en course aux côtés de Cisco ?

L’américain Kraft a aussi relancé cette semaine son offre revue sur le britannique Cadbury. La proposition hostile, rejetée immédiatement par le management du groupe de confiserie, est pourtant gigantesque, le géant de l’alimentaire étant prêt à sortir 16 milliards de dollars en cash et en actions pour engloutir sa proie. La balle est cette fois dans le camp des actionnaires de Cadbury et dans celui du management du groupe britannique qui va devoir convaincre de la validité de son refus. Moins de résultats à se mettre sous la dent, par contre, en Belgique après ceux, excellents de Delhaize, publiés la semaine passée, qui ont été salués par le marché. Ceux du géant mondial de la bière, AB Inbev, l’ont été de manières diverses. Le cours du poids lourd de l’indice BEL 20 (il en représente 16 bons pour cent) a entamé une décrue un peu avant la publication de ces chiffres dont la lecture reste peu évidente du point de vue de l’homme de la rue. Les bénéfices trimestriels du groupe s’améliorent sur base d’un chiffre d’affaires en recul L’action ABI a donc évolué à contre-courant dans un environnement plutôt optimiste, porté notamment par les valeurs cycliques, soutenues, elles, par la fermeté des matières premières.

Le pétrole ? Non, le baril de brut n’a fait que s’adapter à l’évolution du dollar, mais en tenant compte de la situation économique des économies développées, toujours inquiétante. On l’a vu chez nous, sur la semaine écoulée, avec le recul de la consommation d’électricité en Belgique, la crise a eu des effets immédiats sur les dépenses des entreprises. Le groupe GDF Suez a donc publié, pour sa part, des résultats trimestriels sous pression, tout en confirmant ses objectifs 2009. Par contre, l’allemand EON a relevé ses prévisions pour l’exercice en cours.

Quid du secteur financier moins en vue ces dernières semaines ? Après le sanglant coup de machette porté par ING à ses activités d’assurance, c’est KBC qui est sous pression, comme tous les ensembles financiers ayant bénéficié d’aides d’Etat. On savait que le groupe allait devoir céder des actifs de choix pour ne pas encourir de sanctions au niveau européen. On avait déjà cité le principe d’un abandon de la banque privée avec KBL C’est apparemment le scénario qui prévaut aujourd’hui. On a, par contre, été surpris d’apprendre, par voie de presse, la cession de quelques morceaux de choix en Europe de l’Est. Là où KBC avait imaginé des pôles de croissance acquis à bon compte.

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