Entreprise

Il y a une dizaine de jours, la nouvelle tombait: les gouvernements fédéral et régionaux avaient conclu, dans la foulée des accords de la Saint-Polycarpe, un accord de coopération concernant la création d'une Agence pour le commerce extérieur. Celle-ci succédera à l'Office belge du commerce extérieur, organe de nature fédérale de promotion du commerce extérieur. Une nouvelle page était ainsi tournée dans la réforme de nos institutions avec la disparition de cette institution.

Il n'est pas inutile de rappeler l'importance primordiale que revêt le commerce extérieur pour la Belgique. Nos exportations représentent pas moins de 76 pc de notre produit national brut, positionnant notre pays au dixième rang dans la classification des pays exportateurs. Avec ses 3,1 pc des exportations mondiales, la Belgique talonne la Chine. Dans un monde de plus en plus global et libéralisé, une lutte commerciale sans merci se livre pour la conquête de nouveaux marchés. Toute modification des institutions de promotion des exportations revêt donc une importance de premier plan. La nouvelle Agence qui est portée sur les fonts baptismaux sous l'égide du bon saint Polycarpe, succède à l'OBCE, mais se voit dès l'abord privée de ses plus beaux atours.

En effet, le financement de la nouvelle institution n'est «assuré » que par une dotation fédérale annuelle de cent millions de francs, tandis que, selon le texte de l'accord, chaque année les Régions «pourront intervenir » dans le budget de l'Agence. Aucune quantification ni même prévision ne sont données à ces futurs (et peut-être hypothétiques) apports régionaux au budget. Ce faisant, on crée une grave incertitude quant à l'avenir et à la viabilité de l'institution. Nous demandons qu'il y ait à tout le moins un élément structurel et contraignant qui soit incorporé dans l'accord ou dans ses modalités d'exécution afin de garantir l'action et la pérennité de l'Agence.

Le personnel de l'Agence quant à lui ne pourra dépasser un contingent de cinquante personnes. Il est difficile d'imaginer des conditions plus restrictives pour le lancement d'un organisme nouveau. On est de plus en droit de se demander si une politique dynamique de gestion des ressources humaines est concevable dans de pareilles conditions. Le flux d'informations entre les entreprises et l'Agence devra transiter par les trois organes régionaux (Awex, Export Vlaanderen et le Service du commerce extérieur de la Région de Bruxelles-Capitale).À l'ère de la société de l'information, cette méthodologie apparaît comme antédiluvienne. Elle risque de ralentir l'action de l'entrepreneur en quête d'information directe et pratique, tout en coupant l'Agence de la réalité du marché. Au moment où tout le monde plaide en faveur d'un rapprochement entre l'autorité et le citoyen, ceci marque une «évolution » à contre-courant. Les modes de décision prévus dans l'accord de coopération ne sont pas non plus exempts de critiques, ainsi les missions conjointes, organisées sous la présidence du Président d'honneur, c'est-à-dire le prince Philippe requerront un consensus des membres du conseil d'administration.

Autrement dit, ce type de mission pourra être bloqué par l'expression d'un veto émis par une seule région. On n'est pas sûr qu'il s'agisse là d'un exemple de bonne gouvernance Enfin nous constatons que l'accord entre les différentes autorités du pays a été conclu sans réelle concertation avec les entreprises. Celles-ci sont les parties prenantes essentielles en matière de commerce extérieur et auraient pu donner de façon pratique et experte de précieuses suggestions, inspirées de la pratique quotidienne des réalités de marché. Au lieu de cela, on a préféré s'inspirer de considérations de nature politique pour échafauder un système éloigné des réalités économiques.

Les entreprises avaient suggéré de donner une forte représentation à leurs organisations dans les organes de l'Agence. Là non plus, nous ne fûmes entendus, puisque les entreprises seront absentes du comité d'accompagnement. Par contre, trois commissaires (un par Région) siégeront au conseil d'administration, avec droit de suspension de toute initiative. Force est donc de constater que l'enfant de la Saint-Polycarpe n'est pas né sous des auspices favorables. Mais fidèles à notre tradition de réalisme et de pragmatisme, nous ferons contre mauvaise fortune bon coeur. Nécessité fait loi et ici la loi fait la nécessité. Par conséquent, nous consacrerons notre meilleure énergie à donner à l'enfant de la Saint-Polycarpe toutes ses chances de croissance et de prospérité.

Directeur Europe et International de la FEB

© La Libre Belgique 2001