Entreprise

O n ne prête qu'aux riches». L'adage est particulièrement faux au Crédal, qui ne prête qu'à ceux qui ne sont pas riches. La seule condition: avoir un projet qui a une valeur ajoutée sociale avérée.

Cette coopérative financière agréée trouve ses origines au début des années 80 dans la lutte contre l'apartheid. «A l'époque, des mouvements catholiques de gauche qui manifestaient contre l'apartheid ont été interpellés par des Sud-Africains qui ont attiré leur attention sur la place significative que les banques belges occupaient en Afrique du Sud. Ce public militant a alors commencé à s'interroger sur l'usage que faisaient les banques de leur argent», raconte Michel Genet, le directeur du Crédal. C'est de cette prise de conscience qu'est né, en 1985, le Crédal et, avec lui, les premiers pas de la finance sociale en Belgique.

Crédal propose, en effet, une forme d'épargne alternative dont le rendement n'est pas d'abord financier mais social. La coopérative compte, aujourd'hui, 700 coopérateurs qui, ensemble, pèsent près de 7 millions d'euros. 49 pc des coopérateurs ont choisi de ne percevoir aucun intérêt sur leur placement, les 51 pc restants perçoivent un dividende égal à l'inflation. Qui sont ces coopérateurs solidaires? «Des familles catholiques qui ont un certain patrimoine à placer, des ordres religieux, des ONG comme MSF, l'UCL et... la banque d'affaires Puilaetco qui nous a versé 12500 euros».«Ce qui nous distingue des autres placements éthiques, insiste Michel Genet, c'est que pour 100 euros placés, 80 sont reprêtés au secteur de l'économie sociale. Nous sommes les plus performants en Europe à avoir cette exigence-là». A titre de comparaison, une banque comme Triodos reprête quelque 40 pc dans des projets d'économie sociale, de développement durable ou culturels, le solde étant réinvesti dans le circuit bancaire (en bons d'Etat, par exemple).

Le Crédal octroie des crédits (de trésorerie, de pont et d'investissement de 2.500 à 300000 euros, à court et à long terme) à des asbl ou entreprises qui ont un projet à valeur ajoutée sociale. Ce sont, par exemple, des organismes d'insertion, des coopératives de travailleurs ou des centres sociaux que les banques refusent d'aider financièrement car ils ne disposent pas de garantie. Grâce à la solidarité de ses coopérateurs, le Crédal peut offrir des taux très bas (de 4,75 à 6 pc) à ses clients.

«Nous finalisons plus de 130 dossiers par an et le taux de sinistre est très faible (de 0,05 pc en 2003)», précise le patron de la coopérative, un économiste de formation qui a fait partie de l'équipe de John Goossens à la tête de Belgacom avant d'entrer au Crédal.

Le Crédal dispose aussi d'une dizaine de participations à risque dans des projets débutants ou en consolidation, avec à la clé la création de 80 emplois.

La coopérative est, par ailleurs, le premier organisme à avoir lancé le micro-crédit en Belgique. Ce sont des petits crédits de 10000 euros maximum destinés à des personnes souhaitant démarrer ou développer une activité d'indépendant. «Ce sont en général des personnes qui, pour des raisons diverses, sont souvent exclues du marché du travail et du marché bancaire». Le taux de remboursement pour ce type de crédit est généralement moins élevé (70 pc). «Malgré le travail d'accompagnement qu'apporte le Crédal à ses clients pour le lancement et le suivi de leur activité, ce n'est pas encore gagné; le taux d'arrêt est de 50 pc». Estimant ne pas avoir les reins assez solides, le Crédal se focalise depuis quelque temps sur la région de Charleroi. Une soixantaine de crédits sont en cours, lesquels ont entraîné la création d'une quarantaine d'emplois. Le Crédal explorera bientôt de nouvelles pistes dans le micro-crédit comme le prêt à des personnes travaillant en «informel» (en noir) pour leur permettre de se régulariser.

Le Crédal, qui emploie 15 personnes, ne souhaite pas grandir. «Par contre, souligne M. Genet, nous diversifier nous intéresse». C'est ainsi que l'organisme s'est associé au projet de crédit social à la consommation «pour des biens dits essentiels» que lancera cette semaine le ministre wallon des Affaires sociales Thierry Detienne (Ecolo) et qui vise à lutter contre l'exclusion sociale.

© La Libre Belgique 2003