Entreprise

Au cours de la conférence qu’il a donné jeudi matin à Bruxelles, Pascal Lamy s’est prêté au jeu des questions- réponses en donnant son point de vue sur différents sujets :

Les chances de voir aboutir le cycle de négociations de Doha : "Il a fallu 8 ans pour boucler le précédent round de négociations (l’Uruguay, round négocié par les Etats membres du Gatt, matrice de l’actuelle OMC- NdlR) à une époque où il y avait moins d’acteurs (123) et moins de chantiers. Le cycle de négociations de Doha, c’est un agenda de 20 points, l’OMC compte aujourd’hui 153 membres. Calculer les chances de réussite est certainement un beau défi pour les experts en statistiques. Dans beaucoup de domaines, toutefois, nous en sommes à la dernière étape".

Les effets pervers de l’ouverture des marchés pour les pays en voie de développement : "Bien sûr, il faut surveiller cela très attentivement. C’est un très vieux débat, mais personne ne discute le fait qu’il y a plus d’avantages que d’inconvénients (à avoir un commerce mondial plus ouvert). L’ouverture des marchés bénéficie à des millions de personnes qui n’en sont pas conscientes. De l’autre côté, la libéralisation du commerce fait aussi des victimes. Aussi je dis qu’il n’est pas possible d’avoir une politique du commerce déconnectée des politiques nationales. Au plus les gens se sentent protégés par un système social performant, au plus ils sont ouverts au commerce" .

Le paquet énergie-climat de l’Union européenne et les contraintes qu’il impose à certains secteurs industriels pourrait-il créer des tensions à l’OMC ? : "T out le problème est de savoir comment articuler la préoccupation légitime pour l’environnement et l’ouverture des marchés. Les membres de l’OMC doivent concevoir une approche du commerce qui respecte l’environnement. Mais c’est évident que si vous avez une grande convergence internationale sur ce sujet (les réductions d’émissions de gaz à effet de serre) , alors c’est plus facile à l’OMC. Il n’est cependant pas question de mettre la question du CO2 à l’agenda de l’OMC, ça ne serait d’aucune utilité, au contraire".

Le parallèle entre la paralysie des négociations à l’OMC et le semi-échec de la conférence internationale de Copenhague sur le climat : C’est un fameux, mais fascinant exercice intellectuel de comparer les deux. Ce qu’elles ont en commun, c’est qu’elles traitent de problèmes globaux avec des gouvernements locaux qui doivent trouver un consensus sur une nouvelle étape vers un ordre mondial, et donc abandonner une partie de leur souveraineté. Mais pour moi, la conférence de Copenhague n’est pas un échec. C’est un pas en avant".