Entreprise

Le poids des mots et choc des photos, on connaît. De la célèbre devise de "Paris Match", on éprouve aussi les limites : trop vues, trop choquantes, trop ou pas assez connotées, démodées, certaines photos ne sont pas toujours "parlantes". Le cartoon peut-il venir en aide aux entreprises en mal de punch communicatif ? "Oui", répond-on en chœur chez Cartoonbase qui gère depuis dix ans une banque en ligne de dessins de presse. Depuis peu, Cartoonbase propose aux entreprises un service de dessins à la carte, baptisé "CartoonBiz". Du sur-mesure selon les envies, les budgets, les délais, les formats. Programmes internes, brochures pour clients, conférences et assemblées, animations de groupe, tout est bon à illustrer "Une dizaine de dessinateurs travaillent pour CartoonBiz, et prêtent leur crayon à tous les types de sociétés pour qu’elles communiquent de façon moins classique. Hormis ceux de la bibliothèque Powerpoint, les dessins sont encore peu exploités dans le monde de l’entreprise", explique Séverine Dupire, animatrice du projet. Si la France possède déjà plusieurs boîtes semblables, ce service est une première en Belgique. A part les médias, peu de monde, en effet, tire profit des capacités communicationnelles du dessin.

Mais la demande fait surface : "Quoi de plus improbable, a priori, que le mariage entre l’entreprise et le cartoon ?", demande Luc de Brabandere, père spirituel de Cartoonbase. Et pourtant, "les entreprises ont besoin d’imagination. Des chiffres, des tableaux et des colonnes de résultats, elles en ont déjà. Une fois que l’idée du potentiel de l’imagination passe auprès de nos interlocuteurs, la demande devient réelle et nos dessinateurs peuvent se mettre au travail". Du reste, l’histoire de certaines grandes marques a montré à quel point le dessin, et plus largement le graphisme, pouvait forger les identités et marquer les esprits. "Qui ne connaît pas le bonhomme Michelin, les affiches de Savignac ou les "unes" du "Canard enchaîné" ?", poursuit Luc de Brabandere. Astra Zeneca, la Fondation Roi Baudouin ou encore La Poste font déjà appel aux dessinateurs de CartoonBiz. Le premier pour illustrer les aptitudes d’un bon manager, le second pour une brochure sur la maladie d’Alzheimer, le troisième pour créer une mascotte destinée à la communication interne. Pour ces trois thèmes, les sociétés en question ont préféré le dessin à la photo. Idem pour la Commission européenne, en charge d’une publication sur les stéréotypes nationaux. Vulgarisation, humour, ludisme, personnalisation (voire caricature ), animation (via des minifilms), autant d’atouts dans la communication par le dessin. Concrètement, le cœur du projet tient autour du service 100 % sur mesure. Le site cartoonbiz.be permet de faire connaissance avec les (styles des) dessinateurs. S’y trouvent certaines thématiques liées à l’entreprise et croquées par leurs soins, tels le stress, l’esprit d’équipe, la hiérarchie, la motivation ou les valeurs de la société. Côté budget, cela démarre à 250 euros pour un dessin personnalisé, 1 200 pour une planche BD A4 ou un minidessin animé, et 1 500 pour l’intervention d’un cartooniste en live. A mi-chemin, une réunion entre le dessinateur et ses clients a lieu, histoire d’accorder les violons, si nécessaire. Certains travaillent avec beaucoup de contraintes, d’autres, non. Tantôt avec un délai de plusieurs jours, tantôt pour le jour même. "On passe parfois pour les fous du village, et nos idées bousculent souvent l’atmosphère des réunions, mais l’entreprise est un cadre qui peut tout à fait nous stimuler et travailler dans un cadre très précis est une façon de nous aider", note Olivier Saive, membre de l’équipe de dessinateurs de CartoonBiz.