Le destin des Carrefour fermés

Charlotte Mikolajczak Publié le - Mis à jour le

Entreprise

Fin juillet, Carrefour Belgique fermait définitivement 11 de ses points de vente, jugés structurellement déficitaires. Deux de ces magasins sont situés en Wallonie (les hypermarchés d’Eupen et de Jumet), les 9 autres sont localisés en Flandre (les hypermarchés de Middelkerke, Malines, Renaix, Kuurne, Zwijnaarde et Leeuw-Saint-Pierre, auxquels s’ajoutent deux supermarchés à Anvers et un à Genk). Soit une superficie de quelque 70 000 m².

Il est bien trop tôt pour savoir ce que vont devenir, à court terme, ces 11 sites délaissés. Ce qui ne veut pas dire que les principaux intéressés n’y réfléchissent pas déjà. Des "intéressés" au pluriel, car Carrefour Belgique n’est "que" locataire et qu’il a donc des propriétaires face à lui. Trois plus exactement : la société Pans pour l’"hyper" de Malines, un privé pour un des deux "supers" d’Anvers et Redevco pour les 9 autres sites.

Cette situation - le fait que son principal bailleur soit Redevco - date de 2001, et a pour cadre le vaste plan de démantèlement du groupe Gib. Après avoir cédé ses supermarchés et hypermarchés à Carrefour en juillet 2000 et ses magasins Inno au groupe allemand Kaufhof en avril 2001, l’ex-géant belge de la distribution vendait, en septembre, Gib Immo à Redevco, une société néerlandaise, propriété de la famille Brenninkmeijer, actionnaire de référence de C&A (voir "Historique").

Gib Immo ? Une société patrimoniale séparée créée en 1997 en vue de ce démantèlement, signature de baux à la clé. Ceux de Carrefour avec Redevco tombent donc tous en même temps. "Les baux courent jusqu’en 2015", confirme Lars Vervoort, le porte-parole de Carrefour Belgique, "auxquels on peut renoncer tous les 3 ans." Ce qui les mène jusqu’au début 2012. "Compte tenu de ce laps de temps, nous n’avons pas, pour l’instant, renoncé à ces baux. Nous sommes d’ailleurs toujours en négociation avec Redevco." Négociations sur lesquelles il ne dira mot.

Pour sa part, Redevco n’attend pas sans rien faire. Certes, Carrefour n’a donné aucun renom. "Nous n’en savons pas beaucoup plus aujourd’hui sur les intentions de Carrefour qu’en février, lors de l’annonce de son plan de restructuration", indique Marc Van Heddeghem, patron de Redevco Belgique. "Le groupe est, en tous les cas, tenu par les baux existants et, de ce fait, responsable de l’entretien, du chauffage " Mais la marge de manœuvre du distributeur n’est pas extensible à l’infini : "Carrefour avait trois options : rester locataire, donner son renom et partir d’ici un an et demi ou faire une cession de son fonds de commerce à un autre distributeur. Cette dernière option n’existe plus puisque les magasins ont fermé et qu’il n’y a donc plus de fonds de commerce. Or, Carrefour n’a pas le droit de sous-louer."

Dans le chef de Redevco, les deux options restantes ne peuvent que l’inciter à déjà avancer ses pions. Le format des hypermarchés n’est plus d’actualité - trop grand - et il est inutile de compter sur l’arrivée d’un nouveau locataire pour prendre ne fût-ce qu’un des 9 sites en bloc. C’est donc au redéveloppement et à la division de ces énormes surfaces de plus de 8 000 m² qu’une équipe d’une dizaine de personnes s’est attelée il y a quelques semaines : analyse des sites, études des divisions potentielles et de la transformation de la zone de livraison et stockage, listage des travaux à effectuer (rénovation, démolition, reconstruction ), etc. Un exercice que Redevco connaît bien puisqu’il le pratique depuis plusieurs années (voir ci-dessous).

Mais il faut aller vite. Car les autres locataires des sites délaissés - les Lunch Garden et autres Brico - ne profitent plus de l’affluence de leur grand voisin Carrefour et risquent de rester sur le carreau. Et puis l’obtention d’un permis exige plusieurs mois, voire années. "Plus vite c’est fait, mieux c’est pour les autres locataires, pour l’ancienne clientèle, pour l’environnement Car un immeuble vide suscite le vandalisme."

"Nous n’avons pas attendu pour déjà négocier avec des occupants potentiels", explique Marc Van Heddeghem, "dont la plupart sont nos locataires sur d’autres sites. Celui-ci est intéressé par 2000 m², celui-là par 800 m², etc. Un véritable puzzle." Certains candidats sont d’ailleurs des concurrents, grands et petits, de Carrefour. "L’alimentaire a un rôle social crucial car les épiceries, boucheries, boulangeries tendent à disparaître." Carrefour, qui pourrait ouvrir un supermarché ou un Carrefour Express sur les cendres de ses hypermarchés n’a toutefois fait aucun appel du pied.

En parallèle, Marc Van Heddeghem a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer les bourgmestres et échevins des communes touchées pour accélérer les procédures. Et discute avec ses actionnaires puisqu’il s’agit pour chaque site d’un investissement de plusieurs millions d’euros. Mais sans crainte : ces 9 sites quittés par Carrefour ne représentent pas 5 % de son portefeuille.

Charlotte Mikolajczak

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