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Si l’inflation est au plancher, le pétrole est lui en chute libre. Ce lundi, le baril de pétrole brut léger est ainsi tombé sous le seuil des 50 dollars à New York, soit son plus bas niveau depuis 2009. En cause ? Une abondance de l’offre mondiale face une demande qui reste faible. Conséquence ? Les Belges se lâchent lorsqu’ils remplissent leur réservoir d’essence et/ou leur cuve à mazout.

D’après des chiffres encore officieux de la fédération belge des négociants en combustibles et carburant (Brafco), le volume de carburant acheté en Belgique est en hausse de près de 8 %, entre le dernier trimestre de 2013 et celui de 2014. "Les chiffres doivent encore être consolidés, mais on sera dans cette tendance-là", explique Olivier Neirynck, directeur technique de la Fédération. "Les prix actuels de l’essence et du diesel engendrent un réflexe chez l’automobiliste : il va faire systématiquement le plein de son réservoir. Ce qui n’était pas le cas cet été". La chute est spectaculaire. "Depuis 2010 et jusqu’à juin 2014, le baril affichait un prix moyen de 110 dollars", explique Jean-Louis Nizet, secrétaire général de la Fédération pétrolière belge. Pour les habitants se chauffant au gasoil, c’est donc le jackpot. Faire un plein de 2 000 litres de mazout aujourd’hui par rapport au cours de 2012 peut ainsi représenter une économie de 750 euros par an. Et ce n’est pas fini. "Aucun signe ne va dans le sens d’un prix retournant à la hausse", poursuit Jean-Louis Nizet. L’Arabie Saoudite, l’un des principaux fournisseurs d’or noir au monde, a d’ailleurs affirmé qu’elle ne réduirait pas sa production, même si le baril de pétrole devait chuter à 20 dollars.

Un gain de 6 milliards d’euros en Belgique

D’ici peu, les pompistes belges pourraient ainsi franchir un cap symbolique : celui de proposer le litre de diesel à moins d’un euro. "Le prix maximum est actuellement de 1,205 euro (fixé par le SPF Economie) et il faudra sans doute attendre avant qu’il ne descende sous l’euro, explique Olivier Neirynck. Mais rien n’empêche des pompistes de descendre plus bas que ce prix maximum, la seule condition étant qu’ils ne vendent pas à perte. D’ici deux, trois semaines, il est tout à fait envisageable que certaines pompes proposent un tarif d’un euro par litre de diesel".

Du côté de la fédération pétrolière belge, on estime que ces prix actuels ne sont "pas tenables" à long terme. Mais pour l’instant cette tendance est positive pour la Belgique dont 38 % de l’énergie primaire provient des importations pétrolières. "Reportée sur un an, le gain est de 6 milliards d’euros, d’après M. Nizet. Ce n’est pas anodin si l’on sait que le PIB de la Belgique avoisine les 400 milliards d’euros".

Cette dégringolade des prix pétroliers se ressent toutefois moins en Belgique comparé à d’autres pays, et ce pour deux motifs. Le carburant est fort taxé en Belgique (le prix du produit ex-raffinerie représente un quart du total du prix à la pompe) et l’euro s’affaiblit par rapport au dollar. Or les prix se négocient en devises US. "Avec un euro à 1,33 dollar comme il l’était en moyenne ces deux dernières années, le baril de pétrole en euros serait 10 % moins cher qu’il ne l’est actuellement", estime M. Nizet.

Une perte de TVA de 65 millions d’euros

Et l’Etat là-dedans ? S’y retrouve-t-il ? A priori, les affaires ne sont pas mauvaises pour les caisses fédérales. Les accises, qui sont un montant fixe, sont insensibles au prix à la pompe. Or, ce sont ces accises qui représentent la grosse part du gâteau (4,6 milliards d’euros par an) récolté par l’Etat. Si cette hausse de la consommation des carburants se confirme en Belgique, l’Etat pourrait ainsi engranger plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros supplémentaires par an. Mais il y a un bémol. La TVA (21 %) est, elle, directement impacté par ces prix à la baisse. La Fédération belge de pétrole estime que l’Etat belge a ainsi déjà perdu 65 millions de recettes TVA en 2014 par rapport à 2013, suite à cette chute de l’or noir.