Entreprise Nouvelle tuile pour l'avion de combat de dernière génération Lockheed Martin F-35: suite au crash d'un de ces appareils, le 28 septembre dernier, près de Beaufort, en Caroline du Sud, le Pentagone vient de décider la suspension de tous les vols des avions déjà en service. En effet, les premières conclusions de l'enquête mènent à la défectuosité d'une conduite de carburant dans le moteur de l'avion. Ce moteur est le F135 de Pratt & Whitney, qui développe 13 tonnes de poussée et 19 tonnes avec post-combustion. On estime actuellement le nombre de F-35 en service à 320 unités environ, dont une grande majorité aux Etats-Unis, les autres se trouvant au Royaume-Uni et en Israël. Le ministère britannique de la Défense a, lui, annoncé que toutes les mesures de précaution sont prises pour assurer la sécurité, mais que "les vols d'essai des F-35 depuis le porte-avions HMS Queen Elizabeth se poursuivent. Selon le Pentagone, les inspections devraient durer entre 24 et 48 heures. Les appareils équipés d'une tuyau de carburant conforme pourront reprendre leurs vols, les autres devront être réparés.

Nouveaux doutes

Cette nouvelle péripétie dans le développement du programme de système d'armes le plus cher de l'histoire  - 400 milliards de dollars - jette une fois de plus le doute sur cet appareil ultrasophistiqué, étudié pour échapper le plus possible aux divers systèmes de détection. Une furtivité qui doit encore faire ses preuves, compte tenu de l'évolution des technologies de détection, notamment en Russie et en Chine. En juin 2014 déjà, la totalité de la fotte de F-35 en service à ce moment-là avait été clouée au sol, suite à un mystérieux incendie survenu à bord d'un appareil. L'an dernier encore, à Luke Air Force Base, en Arizona, l'un des principaux nids de F-35 aux Etats-Unis, une cinquantaine d'appareils avaient été immobilisés en raison d'un problème d'arrivée d'oxygène pour le pilote.

Un avion avec 917 problèmes techniques non résolus

D'une ampleur sans précédent, la décision d'immobiliser tous les F-35 au sol intervient alors que le Pentagone a autorisé, le 5 octobre dernier, le lancement des programmes de tests au combat. C'est en quelque sorte la dernière étape avant l'industrialisation à grande échelle de l'avion dans les usines de Lockheed Martin à Fort Worth, au Texas. Un succès à ces tests conduirait à un contrat de 168 appareils dans la 13e tranche de production. Le coût par appareil est estimé à 100 millions de dollars. Au total, le Pentagone a commandé 2456 F-35 en trois versions: A (classique), B (décollage court et atterrissage vertical) et C (pour porte-avions).

Cette autorisation de lancer le progarmme final de tests suscite de nombreuses controverses aux Etats-Unis mêmes. Selon Bloomberg, le F-35 de Lockheed Martin souffrirait de... 917 problèmes techniques. Ils étaient encore 995 en début d'année, ce qui signifie qu'en à peu près un an, moins de 10% des défectuosités ont été résolues.Celles-ci concernent surtout les logiciels embarqués, d'une complexité inédite. Le corps des Marines a annoncé, fin septembre que le F-35B, sa version, avait réalisé sa première mission au combat en Afghanistan, en soutien aux troupes au sol. Le F-35B est la première version à avoir obtenu sa certification initiale de combat ("initial combat capability") .

Affronter avions et missiles sol-air russes et chinois

Les programmes de tests complets ("full combat testing") vont bien plus loin puisque l'avion va devoir faire ses preuves face aux aéronefs mis en oeuvre par la Russie, la Chine, l'Iran, et sur des théâtres d'opérations comme la Syrie. Il va devoir aussi montrer sa capacité à franchir des forteresses anti-aériennes équipées de systèmes russes S-300 et S-400, déployés notamment dans l'enclave de Kaliningrad, en Syrie et en Crimée.

Favori en Belgique

Le F-35 reste, par ailleurs, le candidat favori au remplacement des F-16 belges. Dans la compétition, il est opposé à l'Eurofighter Typhoon européen. Convaincue que l'appel d'offres belge était taillé pour le F-35, la France a proposé le Rafale de Dassault au sein d'un programme de coopération militaire et industrielle d'envergure. Il se dit que la décision du gouvernement de Charles Michel (MR)  en faveur du F-35, serait prise, mais que l'annonce d'une telle acquisition, d'un montant initial de 3,475 milliards, ne peut se faire avant les élections de dimanche. Reste à voir si les déboires permanents de l'appareil, son coût, ses retours industriels hasardeux et les soupçons d'appel d'offres orienté en faveur de l'avion américain, vont semer le doute dans la majorité gouvernementale fédérale. Au sein de celle-ci, la puissante N-VA a toujours fait savoir, parfois avec une grande mauvaise foi, sa prédilection pour le F-35.