Entreprise Entretien

Didier Bellens, administrateur délégué du groupe Belgacom, a répondu vendredi aux questions de "La Libre".

Les résultats de Belgacom sur les neuf premiers mois de 2009 sont assez contrastés : positifs sur le marché des consommateurs et pour votre activité internationale (NdlR: menée à travers la division Belgacom International Carrier Services, Belgacom ICS), mais négatifs sur le marché des entreprises. Vous parlez pourtant de “très bons résultats” financiers et opérationnels... Vous ne forcez pas le trait?

Par rapport à nos concurrents, à la fois belges et européens, nous avons de très bons résultats. Prenons notre division internationale, dont on ne parle pas assez. Savez-vous que le chiffre d’affaires annuel de Belgacom ICS atteint aujourd’hui près de 1,4 milliards d’euros et se positionne comme le numéro 3 mondial dans le métier des terminaisons d’appels internationaux ? Nous avons clôturé l’opération de rapprochement avec le groupe sud-africain MTN et enregistrons des croissances de revenus de l’ordre de 15%. Belgacom ICS est aujourd’hui très présent en Afrique, au Moyen-Orient et en Extrême-Orient. Alors, ce n’est peut-être pas spectaculaire en termes d’acquisitions ou de fusions, mais je peux vous assurer que c’est un développement tout à fait exceptionnel pour une société belge. Et j’ai d’ailleurs, en la matière, encore toute une série d’espoirs et rêves à développer, notamment dans le domaine des paiements internationaux par téléphone mobile ou encore d’autres services aux particuliers. En fait, avec Belgacom ICS, qu’on a bâti de presque rien, le groupe s’est ouvert une porte sur le monde tout à fait intéressante.

Votre division “consommateurs” (téléphonie, Internet, TV...) résiste plutôt bien aux effets de la crise économique.

J’en suis très satisfait. C’est là aussi le résultat d’une stratégie de long terme qui a, par exemple, permis de bâtir l’un des cinq meilleurs réseaux - au niveau des connexions fixes - mondiaux ! Un réseau qui a lui-même permis de mettre sur pied Belgacom TV. Depuis le lancement en 2005, on n’a jamais cessé d’augmenter le nombre d’abonnés. Aujourd’hui, nous en sommes à près de 700 000.

Quel est le potentiel de Belgacom TV ?

Je reste sur ce j’avais dit lors du lancement de Belgacom TV, ce qui avait d’ailleurs provoqué les sarcasmes de nos concurrents. C’est très simple : Belgacom possède en Belgique une part de marché "broadband" (NdlR: Internet à haut débit) supérieure à 50%. Or il y a grosso modo 4,3 millions de foyers en Belgique. J’avais donc dit, dès 2005, qu’on devrait logiquement atteindre 50% de ces mêmes foyers avec Belgacom TV.

Belgacom TV vise donc au moins 2 millions d’abonnés ?

Tout à fait. Vous savez, dès lors qu’un client possède une connexion "broadband" chez Belgacom, il a tout intérêt à y faire passer un maximum de services afin de faire baisser le coût de son investissement initial.

Un coût de connexion qui reste l’une des cibles préférées de Test-Achats...

Malheureusement, Test-Achats s’est trompé dans ses bases de référence. Nos prix sont en fait inférieurs à la moyenne européenne. Je suggère donc à Test-Achats, lorsqu’ils feront à nouveau des comparatifs, d’éventuellement vérifier leurs chiffres auprès de nous.

Revenons à Belgacom TV. Le produit est-il toujours déficitaire?

Non, il est rentable ! J’avais annoncé que nous serions profitables dans les trois ans, et c’est le cas. Et ce, sans compter tout ce que Belgacom TV nous apporte en termes d’Internet, de téléphonie et d’autres services développés par le groupe.

Belgacom TV va bientôt pouvoir se passer du football belge, dont les droits de diffusion pèsent plusieurs dizaines de millions d’euros ?

Quand nous faisons des opérations, on le fait dans un esprit de partenariat. De toute évidence, du côté de la Ligue professionnelle belge de football, on s’est surtout préoccupé de faire des opérations financières (NdlR : M.Bellens fait allusion aux tests-matchs entre Anderlecht et le Standard, en mai dernier, qui avaient été raflés par Be TV). Si c’est ça, alors il faut être clair. J’ai toutefois vu, avec un certain espoir, que le président de la Ligue de foot avait admis quelques ratés... On verra. En tout cas, nous voulons en revenir à une relation de partenariat "win-win".

Le point noir actuel, dans vos activités, concerne le business dans le secteur des entreprises. Là, vous souffrez...

Souffrir est un grand mot. Nous avions prévu que la division "Entreprises" allait être touchée par la crise. Pour deux raisons. Un : les sociétés ont postposé leurs décisions de développement dans le domaine ICT (technologies de l’information et de la communication, NdlR). Mais on peut être optimiste pour 2010 car ces décisions finiront bien par être prises. Deux : les entreprises font des économies sur les frais de déplacement, ce qui a entraîné un recul du "roaming" sur les téléphones mobiles. Tous les opérateurs sont d’ailleurs touchés par cet effet.

Vous prévoyez toujours un recul de l’ordre de 1% de votre chiffre d’affaires en 2009? Et comment se profile l’exercice 2010?

Pour l’objectif 2009, je confirme. Pour 2010, c’est un peu tôt pour se prononcer. En gros, j’attends un marché professionnel qui souffrira moins et un marché résidentiel qui va poursuivre sa progression. Quant à Belgacom ICS, la croissance restera très forte. Nous avons en outre un des bilans les plus solides de la profession. Le groupe est très solide.

Ce qui vous met en bonne position pour faire des acquisitions à l’étranger?

On développe Belgacom ICS, comme je vous l’ai expliqué. On a aussi créé une joint-venture avec les anciens actionnaires de Scarlet pour investir localement dans différents pays. On continue par ailleurs de regarder toute une série d’opportunités d’acquisitions à l’étranger. Il faut toutefois que la crise s’estompe et que certains marchés, comme celui des services "IP" (NdlR: Internet Protocol), mûrissent encore pour permettre d’éventuelles synergies au-delà des frontières belges.

Enfin, nous entretenons de bons contacts dans des régions qui vont, grosso modo, du Maroc à Oman et Bahrein. Toute une série de sociétés de ces pays avaient affiché leur intention d’ouvrir leur capital. Le déclenchement de la crise économique a cependant bloqué le processus. Mais les contacts avec Belgacom ont été maintenus.

Il s’agirait donc d’entrer dans le capital de sociétés télécoms locales?

Oui. Ces sociétés ne recherchent pas tellement des capitaux, mais surtout le know-how que nous pourrions leur apporter. Ce sont des pays où Belgacom est connu et très apprécié. Là, comme en Europe d’ailleurs, il faudra savoir être opportuniste.

L’Etat belge, actionnaire majoritaire (53,5%), vous soutient dans cette démarche ? Ou est-il plutôt un obstacle ?

Ce n’est pas du tout un obstacle. Il sait très bien que nous ne sommes pas des têtes brûlées. Mais il sait aussi qu’il faut parfois prendre des risques pour se développer.

KPN veut céder Versatel. Belgacom est candidat au rachat.

Non.

Où en est le dossier ouvert par la CBFA (Commission bancaire, financière et des assurances) à votre encontre sur un éventuel délit d’initié?

Pour rappel, alors qu’il devait s’agir d’une procédure confidentielle, j’avais été contraint de rectifier certaines choses. Cela étant, je reste confiant sur la décision que prendra la CBFA. Je ne peux rien dire de plus.

L’intégration au sein de Belgacom de vos trois filiales – Telindus, Proximus et Skynet – rencontre l’opposition des syndicats. Cette intégration reste programmée pour le 1er janvier 2010 ?

Oui. Nous travaillons déjà de façon intégrée. Le problème est qu’un employé de Proximus, pour prendre un cas précis, travaille avec un chef hiérarchique (lié à Proximus) et un chef fonctionnel (qui peut être lié à Telindus ou à Belgacom S.A.). Il est rationnel de simplifier la situation, d’où l’objectif de l’intégration. Les réticences syndicales relèvent, à mon sens, plus du réflexe émotionnel. C’est d’autant plus vrai que les employés des filiales ne perdront rien de leurs avantages.

Vos concurrents (KPN, Telenet, Mobistar...) ont récemment réclamé des dommages et intérêts assez colossaux – plus d’1 milliard d’euros – à Proximus pour abus de position dominante en matière de tarifs de terminaison (prix des communications que les opérateurs mobiles se facturent entre eux).

Sans entrer dans les détails du dossier, il faut rappeler qu’en matière de terminaison, Belgacom subsidie Base/KPN et Mobistar/France Telecom, ce qui est un cas tout à fait unique en Europe. Nous demandons de mettre fin à ce système de subsidiation de deux gros opérateurs étrangers et d’instaurer une concurrence saine en Belgique. Il y a maintenant une procédure judiciaire qui risque d’être longue. Nous le regrettons.