Entreprise Éclairage

A force d’avoir la tête plongée dans la crise, on en finit par oublier les enjeux à plus long terme. Parmi eux, l’énergie. Celle qui fait circuler le monde, celle qui fait tourner l’économie, celle qui alimente le moteur de la croissance. Alors que le monde développé s’interroge de plus en plus sur l’avenir du nucléaire, tout se passe un peu comme si les alternatives du moment se limitaient au solaire ou à l’éolien. Une simplification excessive mais qui rappelle qu’aujourd’hui la demande d’énergie primaire dans le monde va en priorité au pétrole, suivi de près par le charbon (voir graphique). En d’autres termes, et sur les trente dernières années, on n’a pas réussi à sortir de cette équation en dépit de tous les cris d’alarme géostratégiques, économiques ou écologiques.

Ceux qui croient que le charbon fait partie de l’histoire ancienne et que le renouvelable va condamner le pétrole, négligent un élément. Ils observent la situation en Europe mais oublient que la croissance est ailleurs. En Amérique latine mais aussi et surtout en Asie. " Le dynamisme de l’Asie et la vigueur de son développement économique vont faire que la demande d’énergie va continuer à progresser et qu’elle va soutenir l’avènement d’autres formes d’énergie. Selon nous, c’est le gaz naturel qui va bénéficier de cette tendance ", explique Jean-Marie Dauger, en charge de la branche gaz chez GDF Suez. Selon le groupe franco-belge de plus en plus actif en Asie, le gaz naturel va connaître une croissance régulière dans les années à venir. Cela lui permettra de dépasser le charbon avant 2030, voire même de détrôner la demande de pétrole à l’horizon 2035.

La croissance économique va évidemment soutenir cette demande spécifique comme alternative dans le mix des ressources. On considère que la Chine aura doublé sa demande de gaz entre 2008 et 2015. Par contre, même si la croissance sera moins gourmande en Europe, on s’attend également à une hausse des importations de gaz naturel parce que la production domestique d’énergie aura baissé.

A cela s’ajoute le sentiment que les réserves accessibles ne cessent d’augmenter. Alors qu’on parle de quarante années pour le pétrole, on cite le chiffre de soixante ans au bas mot pour le gaz naturel. Car si on y inclut les perspectives offertes par les gaz non conventionnels (les "game changer" contestés comme le gaz de schiste notamment), on parle de cent vingt à deux cents ans.

Enfin, le gaz naturel présente un atout indéniable sur le plan environnemental : pas de pertes à l’extraction, coûts et risques réduits au transport (gaz liquéfié), pollution limitée à la combustion En termes d’émissions polluantes " tout serait réglé à l’échelle de la planète si la Chine abandonnait le charbon au profit du gaz ", note Jean-Marie Dauger qui pilote une soixantaine de projets liés au développement du gaz en Asie pour GDF Suez.

Reste la question du prix. Contrairement à ce qui se passe pour le pétrole, le marché du gaz n’est pas cartellisé. Par contre la dispersion des ressources a pour autre effet de provoquer une dispersion des prix. Qui plus est, la production de gaz de schiste aux Etats-Unis a fait s’effondrer les prix locaux de sorte que la fourchette va de 2 dollars/mille BTU (unité de référence) aux Etats-Unis jusqu’à 18 dollars au Japon qui est un très gros demandeur depuis Fukushima, avec un prix intermédiaire en Europe. De quoi accorder une marge qui permettra encore plus facilement au gaz naturel de s’imposer sur le marché et, à terme, de détrôner le pétrole.