Entreprise

ÉCLAIRAGE

CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

Bertelsmann a été beaucoup plus proche du passé nazi qu'il n'a voulu l'admettre après-guerre. Le rapport que vient de publier la commission d'historiens indépendante, instituée en 1998 par le plus grand groupe allemand des médias, montre à quel point la petite maison d'édition de l'époque a profité de grosses commandes de la Wehrmacht et eu recours accessoirement à des travailleurs forcés en partie juifs.

Lors de la présentation du rapport à Munich, le président de Bertelsmann, Gunther Thielen, a ` accepté sans restriction ´ l'étude comme la ` description officielle ´ de l'histoire de l'entreprise sous le troisième Reich. Il a ` regretté ´ deux choses: que les versions présentées auparavant par le groupe aient eu des ` lacunes et des erreurs ´ et que pendant la Seconde Guerre mondiale Bertelsmann ait fait des affaires avec des livres ` qui sont tout à fait inconciliables avec les valeurs ´ du groupe. Et d'ajouter qu'il y aura une discussion publique sur le sujet au siège de Gütersloh avec des témoins de l'époque.

La commission présidée par l'historien Saul Friedländer a pour de bon démasqué la légende selon laquelle les nazis auraient fermé Bertelsmann en 1944 pour punir un quelconque esprit de résistance. Avec cette version le patron de l'époque, Heinrich Mohn, avait après 1945 obtenu rapidement des Alliés occidentaux une licence pour relancer la publication. Encore en 1998 le jeune président Thomas Middelhoff, limogé cet été, avait prétendu à New York que Bertelsmann avait été fermé pour avoir publié des livres ` subversifs ´. Le sociologue Hersch Fischler avait alors dénoncé ces édulcorations et le groupe avait fait appel à une commission d'historiens selon l'exemple de la Deutsche Bank ou de Krupp.

Heinrich Mohn n'était pas nazi, il était un nationaliste protestant conservateur et, surtout, il a su saisir sa chance après l'avènement de Hitler en 1933. Peu à peu, sa maison d'édition est devenue le plus grand fournisseur de livres pour la Wehrmacht, 19 millions d'exemplaires en tout que les soldats ont lu sur tous les fronts, des classiques de la littérature allemande, des romans populaires avant tout. Sur 12000 ouvrages publiés jusqu'en 1945 une cinquantaine contenait de ` massives attaques anti-juives ´, relève le professeur Friedländer. Bertelsmann était même plus grand que le principal éditeur du parti nazi. Des rivalités internes ont probablement mené à la fermeture de 1944. L'hypocrisie de Heinrich Mohn, père du ` patriarche ´ Reinhard Mohn, est particulièrement insupportable: avant Hitler il avait surtout publié des ouvrages pieux protestants et après 1945 il prétendait avoir fait pareil sous les nazis. Cela pèse lourd sur la réputation de Bertelsmann d'aujourd'hui.

D'un autre côté, Reinhard Mohn, Middelhoff et Thielen assument le passé de l'entreprise. Bertelsmann est tout de même la plus grande maison d'édition américaine après le rachat de Random House et Doubleday. Un boycottage d'organisations juives serait un désastre.

© La Libre Belgique 2002

Untitled Document PUBLIREDACTIONNEL
Le projet InterVAT permet aux assujettis à la TVA de rentrer leur déclaration via l'internet. La sécurité de l'opération requiert un certificat digital tel que Belgacom E-Trust™: il vous permet de signer électroniquement la déclaration.
More Info