Le géant Total doit beaucoup à la Belgique

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Entreprise / Emploi

L’actuelle société Total, une des grandes entreprises qui approvisionnent en produits pétroliers de nombreux pays, a pour origine la Compagnie française des pétroles fondée en 1924. Commençons l’histoire de cette grande compagnie en 1920, dans un petit pays au nord de la France - qui fit d’ailleurs, pendant une brève période, partie du territoire français -, la Belgique. C’était donc en 1920. A la suite de la Première Guerre mondiale, en fonction d’accords internationaux, les intérêts pétroliers roumains de la Deutsche Erdöl AG sont mis à la disposition de la Belgique, un des pays ayant le plus souffert de la Grande Guerre. Pour la gestion de ces intérêts, il est créé une Compagnie financière belge des pétroles, qui sera mieux connue sous son diminutif Pétrofina. La Belgique ne pouvait, en matière d’exploration et d’exploitation pétrolières dans des régions éloignées, rivaliser, ni avec les USA, ni avec la Grande-Bretagne, ni avec la France, car ses ressources humaines et financières étaient celles d’un petit pays.

Cependant, la Belgique était très industrialisée, grâce à l’exploitation intensive des charbonnages wallons (Charleroi et Liège) et à l’expansion remarquable de son activité sidérurgique et de ses constructions mécaniques, et il s’y trouvait quelques grandes fortunes d’industriels. Voilà donc qu’elle s’engage dans l’aventure pétrolière, ayant des capitaux et du savoir-faire. Emile Francqui (1863-1935), un Bruxellois devenu un brillant homme d’affaires, est nommé président de l’entreprise. Il fut un des plus remarquables collaborateurs du roi Léopold II dans l’immense entreprise de mise en valeur du Congo qui deviendra le Congo belge en 1909.

Quelques années plus tard, le 24 mars 1924, à la suite des accords de San Remo, la Compagnie française des pétroles, CFP, est fondée par René Perrin et Frédéric Pigelet, et placée sous la direction d’Ernest Mercier (1878-1955). Celui-ci ne se contente pas d’être un grand industriel, il fonde aussi, en 1925, le Redressement français, en se donnant pour mission de "rassembler l’élite et d’éduquer les masses".

Un beau programme, vraiment, mais qui nous éloigne des hydrocarbures. En 1929, la Compagnie française de raffinage, CFR, est créée par la CFP. Dix ans plus tard, en 1939, la Régie autonome des pétroles, RAP, est créée pour exploiter le champ de gaz découvert en Haute-Garonne. D’autres structures se créent en France dans le secteur pétrolier; ainsi, en 1941, la Société nationale des pétroles d’Aquitaine, SNPA, à participation majoritaire de l’Etat français, et, en 1945, le Bureau de Recherche de pétrole, BRP.

La guerre a confirmé l’importance stratégique des produits pétroliers, et pour de nombreuses raisons, en France comme dans bien d’autres régions du monde, le pétrole est en train de détrôner le charbon comme principale source d’énergie. La CFP s’est surtout développée à partir de ressources trouvées en Iraq, au Venezuela et en Colombie. En 1951, la Petrochim Company est fondée par Pétrofina à Anvers. La même année, en décembre, des prospecteurs de la SNPA découvrent un important gisement de gaz (méthane) à Lacq.

La France devient productrice de gaz "naturel". En 1953, Pétrofina crée deux filiales en Amérique du Nord, la société 222 Canadian Fina Oil et la société Canadian PetroFina qui vont entreprendre l’exploration de vastes régions du Canada en vue d’y trouver du pétrole. En 1954, Pétrofina change son nom et devient Fina. D’autre part, la Total-Compagnie française de distribution, Total-CFD, est créée par la CFP. Cette société est chargée de gérer le réseau de points de vente de produits de marque Total. En 1956, Fina fonde aux USA la société American Petrofina Inc., dont les activités de vente de produits pétroliers sur le territoire américain vont se développer par divers rachats de petites sociétés locales.

En 1966, l’Entreprise de Recherches et d’Activités pétrolières, ERAP, est mise sur pied par fusion de la SNPA, de la RAP et du Bureau de Recherches de Pétrole. L’année suivante, l’ERAP procède au lancement d’une nouvelle marque pour identifier ses produits : Elf. L’histoire des deux groupes, Fina en Belgique et CFP en France, continue d’être deux aventures séparées, avec des acquisitions, des fusions, des changements de nom, et, bien sûr, des opérations d’exploration, de production et de vente plus ou moins fructueuses.

Voici encore quelques dates d’un cheminement plus complexe qu’il n’y paraît. 1972 : fondation de la société Oléofina, filiale de Fina. 1976 : fondation de la Société nationale Elf Aquitaine, SNEA, nouveau nom de l’ERAP. 1985 : fondation de la société Total-Compagnie française des pétroles, Total-CFP. 1986 : fondation de la société Synfina-Oléofina, nouveau nom d’Oélofina. 1989 : fondation de la société Fina Research, filiale de Fina. 1991 : fondation de la société Total, nouvelle dénomination de Total-CFP (223). 1992 : fondation de la société Oléofina, nouveau nom de Synfina-Oléofina. 1994 : fondation de la société Fina Polymers, nouveau nom de la société Pétrochim. 1996 : fondation de la société Fina Oleochemicals, nouveau nom d’Oléofina.

Et enfin, en 1999, le groupe pétrolier français et le groupe belge fusionnent, et il est créé la société Total Fina. Reste en dehors du conglomérat la société Elf Aquitaine, que Total Elf achète en 2000, pour fonder la société Total Fina Elf. Ce nouveau nom est un peu long, et en 2003, le management du groupe français décide d’utiliser le nom plus simple Total. L’histoire n’est pas finie, mais l’entreprise Total, avec son visage actuel, est née du "mariage" de la CFP, française, et de Pétrofina, belge.

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