Entreprise Le gouvernement wallon, réuni ce jeudi matin, a décidé de permettre à la Sogepa, son bras financier, de soutenir la poursuite de l'activité de Durobor, la dernière gobeleterie de Belgique basée à Soignies, jusqu'au 30 juin. Les administrateurs ont fait aveu de faillite le 12 avril. Une faillite refusée par la Sogepa qui est propriétaire des murs et de l'outil de production. Elle veut en effet se laisser un peu de temps pour poursuivre des pourparlers en cours avec un candidat repreneur. On ne connaît pas l'identité de cet industriel qui manifeste de l'intérêt pour le rachat d'une verrerie en Europe. 

Durobor n'est pas son seul choix possible. Il aurait des vues sur une verrerie en Roumanie et une autre au Portugal, deux pays où le coût du travail est bien moindre qu'en Belgique. Autre frein : les outils de Durobor sont vieillots. Mais l'entreprise possède des atouts. Ses 230 membres du personnel sont compétents et motivés, sa position géographique intéressante et la Sogepa pourrait conclure un partenariat financier avec le candidat repreneur dont on dit qu'il a déjà des succès entrepreneuriaux à son actif.

Le projet de ce repreneur potentiel pour Durobor présenterait un caractère de rupture avec les activités du passé : "une stratégie industrielle et commerciale forte en adéquation avec les besoins du marché, une gouvernance et une organisation opérationnelle en adéquation avec la stratégie, une mise à niveau et une adaptation de l’outil en ce compris de nouveaux investissements, une rationalisation des coûts pour diminuer le niveau de break-even et le maintien d’un dialogue social", comme on peut le lire dans la note au gouvernement wallon que nous nous sommes procuré.

Les ministres wallons ont donc accepté que la Sogepa finance la continuité de l'activité jusqu'au 30 juin, mais pas au-delà de cette date. Il faudra toutefois attendre le lundi 24 avril pour savoir si le tribunal de commerce de Mons avalise ou non la demande de mise en faillite de Durobor. Les syndicats se disent soulagés par cette nouvelle. "C'est un petit ballon d'oxygène, un pas dans la bonne direction. Le personnel qui est au travail a été averti et il se sent un peu rassuré puisque la Sogepa payerait les salaires jusqu'au 30 juin", commente Salvatore Fragapane, délégué FGTB. "C'est une bonne nouvelle, même s'il faut rester prudent. Le personnel est prêt à reprendre le travail le plus vite possible", déclare Michel Martelez, permanent FGTB. "On s'attendait un peu à cette décision", indique pour sa part Rico Zara, permanent CSC. "La prochaine étape, c'est lundi. Je pense que le tribunal de commerce décidera d'une procédure en réorganisation judiciaire, afin d'éviter la faillite et de ne pas aggraver l'endettement de Durobor."

L'entreprise, qui a changé de mains plusieurs fois, a connu et rencontre toujours des déboires financiers. Elle accuse actuellement près de 21 millions d'euros de dettes, notamment auprès de fournisseurs d'énergie et de l'ONSS, le passif total se montant à plus de 22 millions d'euros. La production est à l'arrêt et environ 170 travailleurs sont en chômage économique. La banque BNP Paribas Fortis a supprimé sa ligne de crédit. Le carnet de commandes de Durobor est cependant riche de 6 millions d'euros et le service expéditions fonctionne.

La Sogepa s'engage à payer les salaires d'avril, mai et juin, à supporter les frais en cours, à financer les activités à hauteur maximum de 5 millions d'euros, sur fonds propres (et non pas sur le budget de la Région), et à mettre en place une équipe d'intérim managers, jusqu'au 30 juin. En cas de rachat par l'industriel mystère, le lancement du plan d'investissements est prévu pour juillet et la pleine opération de Durobor surviendrait en 2018.
Si le bras financier de la Wallonie tient tant à sauver Durobor, c'est non seulement pour maintenir de l'emploi dans un région plutôt sinistrée mais aussi parce qu'elle aurait à y perdre si la faillite était prononcée. Le four, d'une valeur de 10,5 millions d'euros et qui n'est pas démontable, ne pourrait être revendu qu'à l'état de mitraille pour un prix de seulement 1,5 million d'euros. Il y aurait aussi un gros manque à gagner au niveau de la valeur des biens immobiliers, estimée à 14,5 millions d'euros. En cas de faillite, il faudrait retirer à cette somme environ 10 millions, selon des experts.

Les 230 travailleurs de Durobor, qui ont déjà traversé de nombreuses épreuves, doivent faire preuve d'encore un peu de patience avant d'être fixés sur leur sort. Ils veulent en tout cas croire au sauvetage de leur entreprise si chère à leur coeur.