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Ce mercredi après-midi, dans un champ encerclé par plus de 450 tracteurs et camions-citernes remplis de lait à ras bords, le spectacle s’est révélé surréaliste. Les agriculteurs avaient répondu encore plus nombreux qu’espéré à l’appel du MIG et de la FUGEA (Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs) qui veulent une régulation de la production du lait en fonction de la demande. Les trois millions de litres de lait attendus ont été doublés et la mobilisation était quasi générale chez les agriculteurs et producteurs de lait wallons. Un champ supplémentaire a été réquisitionné en urgence pour absorber le surplus de lait.

Face à la foule impressionnante d’agriculteurs, les représentants du Luxembourg, de la Flandre, la France, l’Allemagne ont exprimé leur détermination et leur solidarité, voire leur émotion, avec le mouvement des agriculteurs wallons. Erwin Schopges, leader du mouvement en Belgique et représentant d’European Milk Board a parlé "d’une solidarité incroyable qui s’est manifestée en deux jours. Les Flamands se solidarisent avec la Wallonie. Nous ne voulons rien casser mais nous battre ensemble". Les producteurs flamands se sont joints symboliquement à la manifestation "en acheminant un camion de lait flamand avec le lait wallon". Une distribution gratuite de lait est annoncée dans la ville de Gand.

Le représentant luxembourgeois a parlé de "la solidarité des producteurs de son petit pays dont la majorité vient de voter sa participation à cette grève. Si on laisse faire, nos enfants n’auront plus d’avenir. Nous continuerons le temps qu’il faudra". Sébastien Demoitié, agriculteur et coorganisateur de l’action de mercredi, a exprimé le sentiment des producteurs wallons "qui se retrouvent acculés par la politique de Mme Fischer Boel. Personne n’est à la fête. Les larmes vont couler quand nous retournerons dans nos fermes. Ciney est transformée en centre européen de l’agriculture ! On nous avait dit que nous n’arriverions jamais à rassembler 300 tonneaux et nous en avons 450 ! Nous sommes un mouvement pacifique sur base volontaire. Notre objectif n’est pas de bloquer les laiteries mais d’empêcher le lait étranger d’y entrer".

Déterminé à côté de son camion, Jean-Pierre Moreau, producteur à Ciney, a acheminé 12 000 litres de lait récoltés auprès de ses collègues : "Depuis 4 mois, le lait est au plus bas. Nous sommes en dessous du minimum vital et nous sommes occupés à manger la trésorerie des années antérieures. Nous voulons des quotas flexibles en fonction de la demande". Producteur à Tenneville, Thierry Dufey dit "ne pas vouloir de subsides. Nous ne cautionnons pas le gaspillage du lait. Mais la production excédentaire casse le marché local et ne rapporte qu’aux agro-industriels. Et sur le 0,14 euro prélevé chez le consommateur, l’éleveur ne reçoit que 0,01 euro".

Vers 15h, les tracteurs ont entamé leur ballet que l’on n’oserait pas qualifier de féerique. Ils ont aspergé la terre de leurs millions de litres de lait jusqu’à avoir la nausée. Une nausée qui risque de se communiquer dans les lieux de décision politique.