Entreprise De nouvelles briques d'un litre de lait demi-écrémé, à l'emballage bleu électrique frappé du logo "C'est qui le patron ?" commencent ces jours-ci à faire leur apparition dans les rayons des 800 magasins Carrefour de Belgique. Cette nouvelle marque équitable se distingue des autres pour plusieurs raisons.

L'initiative émane de France avant qu' elle arrive en Belgique en novembre dernier. Le principe est unique : ce sont les consommateurs qui crééent la marque, avec un cahier des charges qu'ils ont eux-mêmes établi. Un questionnaire a été mis en ligne il y a quelques mois et 5300 Belges y ont répondu. Ils ont décidé de plusieurs critères pour le lait qui sera commercialisé : une rémunération correcte pour le producteur, du lait collecté en conditionné en Belgique, des vaches mises en pâturage pendant au moins un tiers de l'année, nourries sans OGM et avec des aliments favorisant un lait riche en oméga 3. "C'est une démarche collective qui fait choisir aux consommateurs ce qu'ils veulent consommer et qui met au centre des préoccupations le fait que la guerre des prix, des promotions dans la grande distribution a un impact sur les producteurs, qui doivent aussi baisser leurs prix", explique Sylviane Bockourt, l'une des porteuses du projet.

Une fois le cahier des charges fixé, un partenariat a été conclu avec la coopérative laitière CoFerme de la région de Chimay, qui regroupe 175 producteurs, et la société d'emballage gantoise Inex. "CoFerme a fixé le prix qui leur serait payé : 38 cents le litre; le prix payé, en janvier 2018, à des producteurs liés au cours mondial du lait étant de 29 centimes. Soixante agriculteurs coopérateurs, qui répondaient aux critères définis, ont fourni une partie de leur production. Nous avons fait réaliser des audits afin de vérifier que le cahier des charges était respecté. Le lait collecté n'est pas mélangé avec d'autres à la laiterie", précise Sylviane Bockourt.

Carrefour a ensuite manifesté son intérêt pour être le distributeur de la marque. "Chaque magasin aura un stock de briques minimum en rayon (il y en a 200 000 en tout), afin que le produit soit visible. Nous sommes en discussion avec d'autres enseignes dont Delhaize, Colruyt, Aldi, Makro et Lidl. Certaines se montrent enthousiastes, d'autres plus frileuses. Elles nous disent qu'elles vendent déjà du lait belge et qu'elles rémunèrent correctement leurs producteurs", signale la co-fondatrice et coordinatrice de "C'est qui le patron ?".

Le lait est vendu 1,05 euro le litre en magasin, de quoi fournir un revenu décent aux agriculteurs, payer la société d'emballage et donner une marge raisonnable à Carrefour. Mais pas à rémunérer les porteurs du projet, qui y travaillent bénévolement depuis des mois. "Nous prélèverons seulement 5 % des bénéfices pour rentrer dans nos frais", indique Sylviane Bockourt. La co-fondatrice souligne encore que les coûts publicitaires ont été réduits à zéro car remplacés par une communication via la presse et les réseaux sociaux.

"C'est qui le patron ?" tire son nom du fait que "les vrais patrons des grands patrons de la distribution, ce sont les consommateurs". Sa philosophie : transparence, qualité et soutien aux producteurs. Si l'initiative fonctionne, elle sera amenée, comme en France, à connaître des développements. "Nous avons pris contact avec des producteurs de farine, de quinoa, de pizzas et de viande, ce dernier secteur étant, comme celui du lait, frappé par la crise", annonce Sylviane Bockourt.