Le lait toujours dans la panade

Charlotte Mikolajczak Publié le - Mis à jour le

Entreprise

Difficile de dire si, suite à leurs opérations de blocage d’hier et du week-end, les agriculteurs et les producteurs de lait belges ont gagné un premier round. Toujours est-il qu’en fin de matinée, lundi, il se disait que la ministre fédérale de l’Agriculture, Sabine Laruelle (MR), avait accepté d’accueillir les représentants de la Fugea, la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs, à la concertation organisée ce mardi matin à son cabinet. Un souhait de la Fugea qui n’était toujours pas confirmé hier soir par leur hôte Autour de la table des négociations, étaient annoncés, outre la ministre, Benoît Lutgen, ministre wallon de l’Agriculture, et Kris Peeters, son homologue flamand, de même que les représentants des organisations syndicales agricoles, de la Fedis, de la Fevia et de la CBL.

Les actions en question ont mené des dizaines de tracteurs aux portes des centrales d’approvisionnement et autres entrepôts de distribution centraux d’enseignes de la grande distribution : à Hal et Ghislenghien (Colruyt), Nivelles (Carrefour), Courcelles (Lidl), Villeroux, près de Bastogne (Aldi), mais également à Zellik (Delhaize).

Le mouvement était, à l’origine, censé s’arrêter lundi midi. Certains centres ont effectivement été débloqués en début d’après-midi (à Hal, notamment, "d’où partent tous les produits frais comme les fruits et légumes, les fromages et les produits laitiers", a annoncé Colruyt, rassurant ainsi sa clientèle), d’autres pas (à Ghislenghien, la descente d’un huissier de justice a, semble-t-il, renforcé le mouvement, les agriculteurs décidant non de lever le camp comme exigé mais de tourner en tracteur à proximité du site, provoquant de gros embarras de circulation).

Pour rappel, le conflit a démarré mi-juin avec, en point d’orgue, les manifestations des 18 et 19 juin à Bruxelles. "La situation des producteurs de lait européens est devenue invivable économiquement et psychologiquement en raison des prix d’achat du lait largement inférieurs aux coûts de production pour une majorité d’entre eux, explique la Fugea dans un communiqué. En Belgique, le prix de base d’achat du lait aux producteurs avoisine les 0,18 à 0,19 euro le litre pour un coût de production moyen de 0,33 euro sans paiement de la main-d’œuvre."

A cette situation, deux grandes causes, selon elle, et donc deux cibles : d’une part, les orientations privilégiées par la Politique agricole commune (augmentation des quotas laitiers en vue de leur démantèlement en 2015, absence de mesures ad hoc de contrôle des importations, baisses des prix ) et donc la Commission européenne et les ministres européens de l’Agriculture; d’autre part, "la grande distribution accusée de prat iquer des marges excessives au mépris de la survie de nombreuses exploitations laitières" et, plus précisément, "la politique de bas prix exercée par les hard-discounters - Aldi vend aujourd’hui un litre de lait entier en produit d’appel à 0,49 euro" et donc leurs centres de distribution.

Avec une interrogation à la clé : "Il y a un an, le prix du lait payé au producteur était de 0,36 euro le litre. Aujourd’hui, il est à 0,18 euro le litre. Or, en magasin, le consommateur paie au minimum le même prix. Où va la différence? , s’inquiète la Fugea. L’observatoire du prix mis en place a voulu résoudre l’énigme , poursuit-elle. Les producteurs laitiers ont établi leurs prix de revient. Les transformateurs également. La Fedis a toujours refusé."

La réunion de ce mardi - en présence ou non de la Fugea -, de même que d’éventuelles réactions positives des responsables de la grande distribution aux revendications des producteurs de lait, donneront le ton de la poursuite des manifestations.

La Fedis a, pour sa part, insisté sur le fait que "le commerce est lui aussi soumis aux lois du marché et au respect des règles européennes et belges de la concurrence" et "que les solutions à trouver avec les représentants du monde agricole et les responsables politiques devront donc être innovantes puisque des accords sur les prix ne sont pas possibles en vertu de ces règles". Comme certains de ses membres (voir ci-dessous), elle a jugé "irresponsables" les actions de blocage des centrales d’approvisionnement "qui engendrent des lourdes pertes et un gaspillage énorme de produits frais (fruits et légumes, pain, produits laitiers, etc)".

Charlotte Mikolajczak

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