Entreprise Enquête.

Obtenir un crédit n’est pas toujours aisé lorsque l’on est une petite ou moyenne entreprise (PME). Obtenir un crédit pour lancer sa propre société l’est encore moins lorsque l’on a de faibles revenus ou que l’on est sans emploi. La mission s’avère en fait impossible auprès des banques classiques. De quoi baisser les bras et se résigner? Pas forcément.

Crédal, qui existe depuis un quart de siècle maintenant, et microStart, qui a débuté ses activités en mars 2011, peuvent apporter des solutions aux personnes pour lesquelles les banques classiques ne peuvent ou ne veulent rien faire, via des crédits de quelques milliers d’euros. "Le microcrédit est destiné aux personnes qui n’ont pas accès à des crédits bancaires classiques", explique Bernard Horenbeek, directeur de Crédal.

Cette coopérative s’intéresse en fait aux personnes ayant de faibles revenus, et non aux hauts revenus.

Les personnes qui ont un statut d’allocataire social (chômeur, par exemple) ou qui sont fichées négativement à la Banque nationale de Belgique - défaut de remboursement de crédit - peuvent d’ailleurs pousser les portes de Crédal. "Ces données ne sont pas un frein si le projet professionnel du client démontre qu’il pourra se rémunérer pour faire face aux charges du budget familial et au remboursement du crédit."

Sur l’année 2011, une personne sur trois ayant obtenu un microcrédit professionnel était au chômage depuis plus d’un an.

Chez microStart, qui a pour l’instant deux agences à Bruxelles - Liège devrait en accueillir une en 2013 -, la majorité des clients sont au chômage ou au CPAS. "Dix-sept pour cent de notre public sait à peine lire et écrire."

Les sommes prêtées sont de quelques milliers d’euros chez Crédal, avec un maximum de 12 500 euros pour un microcrédit professionnel et de 25 000 euros pour un microcrédit professionnel adapté à des projets de développement durable. A rembourser en quatre ans maximum. Pour l’année 2011, quelque 137 demandes ont fait l’objet d’un dossier chez Crédal. Nonante-trois dossiers ont été acceptés, pour un montant moyen de 7 038 euros. Pour les neuf premiers mois de l’année, 68 crédits ont été accordés, pour un montant total de 489 639 euros, soit quelque 7200 euros par dossier.

Le montant moyen prêté par microStart est de 5 000 euros, avec un taux de remboursements de 97 %.

Le microcrédit est toutefois bien plus qu’un crédit. "Ce n’est pas seulement accorder un crédit. C’est aussi offrir un accompagnement spécialisé", poursuit Bernard Horenbeek.

Le dossier de chaque candidat sera examiné avec soin afin de s’assurer de la pertinence du projet et de sa viabilité, avant de délier les cordons de la Bourse.

Ensuite, le candidat emprunteur ne se retrouve pas seul. "J’ai été accompagnée tout au long de mes démarches administrative s", témoigne Nafissa Yaouba, qui a ouvert une boutiques de vêtements de seconde main à Louvain-la-Neuve, à deux pas des locaux de Crédal (voir ci-dessous). "Mon accompagnateur vient souvent me voir et m’encourage."

Le microcrédit permet donc de mettre ou de remettre le pied à l’étrier. "Nous recevons des personnes qui ont plein d’idées mais les poches vides", souligne Patrick Sapy, directeur général de microStart. "L’idée, c’est de donner un coup de pouce pour leur permettre de se lancer."

Le coup de pouce n’est toutefois pas gratuit. Le taux du crédit est ainsi de 8,25 % chez microStart. "En valeur absolue, cela pèse finalement peu", assure Maria Nowak, présidente du conseil d’administration. "Ce sont en effet des crédits à court terme. Les taux pèsent donc très peu."

Chez Credal, le taux est de 5 %. "Nous sommes en dehors du marché", remarque Bernard Horenbeek.

Quel que soit le taux, la formule n’est pas en soi économiquement rentable. "Accorder de tels crédits nécessite beaucoup de temps", souligne Maria Nowak. "Nous empruntons l’argent prêté auprès des banques et la marge nous sert à couvrir une partie des coûts." "Ce n’est pas bénéficiaire pour nous, c’est bénéficiaire pour la société", renchérit Bernard Horenbeek.

Tant microStart que Crédal bénéficient du soutien, notamment, d’une... grande banque. "Sans BNP Paribas Fondation, on n’y serait pas arrivé", remarque Patrick Sapy. "Cela fait partie de notre rôle de banque responsable de ne pas oublier les personnes qui n’ont pas accès au crédit classique", justifie Moniek Delvou, administratrice déléguée de Belfius Foundation, qui épaule Crédal.

Crédal peut également compter sur l’apport financier de coopérateurs. Le coût d’une part est de 500 euros, et il est possible d’y souscrire via des versements mensuels. Un dividende de 2,50 % a été versé pour le dernier exercice.

Reste que les personnes qui se lancent dans une telle aventure ont bien du mérite.

"Dès qu’une personne prend un numéro d’entreprise, elle perd le chômage et doit payer des charges sociales avant d’avoir gagné le premier euro", relève le directeur général de microStart, qui plaide pour une adaptation du cadre législatif. Le microcrédit pourrait plus facilement "représenter une solution originale pour combattre le chômage".

Renaud Pinchard a lui entamé ses activités de maraîcher en coopérative d’activité. "C’est un système qui aide les chômeurs à s’installer en leur permettant de conserver leur statut de chômeur pendant 6 à 18 mois", explique-t-il.

Si l’activité dégage des bénéfices, l’allocation de chômage sera diminuée. Un système qui permet d’offrir une certaine sécurité financière, le temps de voler de ses propres ailes. Ce sera le cas pour Renaud Pinchard en mars prochain.