Le nouveau maître du jeu

Olivier De Doncker Publié le - Mis à jour le

Entreprise Rencontre

C’est le péché mignon et quotidien de millions de personnes sur le globe : faire semblant de travailler à son ordinateur en jouant sur Facebook. Si vous vous reconnaissez dans ce petit écart, la faute incombe peut-être à Sébastien de Halleux, un enterpreneur belge qui a créé Playfish, un des principaux services de "social gaming" sur Facebook.

Ingénieur civil de formation, Sébastien de Halleux a commencé ses études supérieures en Belgique, mais les a terminées outre-Manche. "Après ma première année en candidature, je suis parti pour l’Imperial College, car le système d’éducation anglais me semblait plus pratique et plus lié au monde de l’entreprise. Ensuite, je suis entré dans le monde du conseil." Mais, très vite, l’envie d’entreprendre le démange.

Il crée alors MacroSpace, une première start-up qui, déjà, est active dans le jeu électronique. "Nous fabriquions des jeux pour les GSM à une époque où même "Snake" n’existait pas", sourit Sébastien de Halleux. "Nous avons ensuite fusionné avec une autre société dans le même secteur pour donner naissance à Glu Mobile que nous avons introduit sur le Nasdaq (NdlR : le segment de la Bourse américaine réservé aux valeurs technologiques) en mars 2007." Pas mal, à seulement 29 ans

Après cette première aventure, le voilà chez Nokia qui le recrute pour développer une régie publicitaire pour son parc mondial de téléphones portables. Il n’y restera cependant que quelques mois : le virus de la création d’entreprise le contamine à nouveau quand Facebook lance une plate-forme applicative qui autorise les développeurs à s’emparer du réseau social et à lui inventer de nouvelles fonctionnalités. "Nous avons directement saisi le gigantesque potentiel de distribution qui contournait les canaux de commercialisation habituels, et qui reposait quasi uniquement sur le bouche-à-oreille. Si j’aime un jeu, j’aurai naturellement envie de le partager avec mes amis qui sont membres de Facebook." A la Noël 2007, Sébastien de Halleux et ses associés testent un premier jeu sur Facebook baptisé "Who has the biggest brain ?" et qui permet de calculer son quotient intellectuel, puis de le comparer avec celui de ses amis. "Nous l’avons partagé avec une centaine de connaissances sur Facebook. Quand nous sommes revenus de vacances, 100 000 personnes y avaient joué. Un mois plus tard, nous franchissions le cap du million. Nous avons compris que notre intuition était pertinente et que Facebook pouvait transformer l’industrie du jeu vidéo."

Playfish est né et mise dès le départ sur une stratégie de croissance très agressive. En deux ans, la start-up embauche ainsi près de 250 personnes, distribue 260 millions de jeux et engrange quelque 60 millions de joueurs mensuels à travers le monde. Un succès vertigineux qui conduit Electronic Arts, géant mondial du jeu vidéo, à racheter la société en 2009 pour la modique somme de 400 millions de dollars.

Constamment à cheval entre plusieurs cultures et continents, notre homme, qui est actuellement vice-president Business Development&Strategic Partnerships chez Electronic Arts, a eu l’occasion d’apprécier les différences de mentalité entrepreneuriale entre Europe et Etats-Unis. "Le plus grand contraste est l’attitude face au risque. L’Europe regorge de talents, mais les gens ne sont pas toujours prêts à faire certains sacrifices comme prendre un an sans salaire pour développer une idée, alors que ce comportement est valorisé aux Etats-Unis. Cela dit, je vois beaucoup de signes encourageants en Europe, le changement des mentalités est en cours."

Olivier De Doncker

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