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Arrivé il y a moins de deux ans, le patron d'Air France-KLM Jean-Marc Janaillac a démissionné vendredi après le rejet par les salariés du projet d'accord salarial mis sur la table pour sortir du conflit qui mine la compagnie tricolore depuis deux mois et demi.

Les personnels d'Air France, qui ont massivement participé à la consultation (80,33%), ont voté "non" à 55,44%.

Jean-Marc Janaillac, 65 ans, arrivé en juillet 2016 aux commandes du groupe franco-néerlandais, en a tiré la conclusion en annonçant son départ quelques minutes plus tard devant la presse.

"J'assume les conséquences de ce vote et je remettrai dans les prochains jours ma démission aux Conseils d'administration d'Air France et d'Air France-KLM", a-t-il déclaré en conférence de presse, regrettant un "immense gâchis".

Il convoquera le conseil d'administration le 9 mai pour remettre sa démission formellement, selon un communiqué de la compagnie.

Le résultat de la consultation -- sans valeur légale -- et le départ de celui qui était également président d'Air France plongent le groupe aérien dans l'incertitude.

Vendredi matin, le groupe Air France-KLM a annoncé une perte nette de 269 millions d'euros au premier trimestre, plombé par trois journées de grève (22 février, 23 et 30 mars) d'Air France sur cette période.

Au total, le coût des onze journées de grève étalées entre le 22 février et le 24 avril est estimé à "300 millions d'euros" par la direction qui prévoit d'ores et déjà un résultat d'exploitation en 2018 "en baisse sensible par rapport à 2017", où il avait atteint 1,9 milliard d'euros.

Les salariés étaient également appelés à la grève jeudi et vendredi, avant de nouveaux préavis programmés lundi et mardi par l'intersyndicale à l'origine du conflit.

Salariés "pas dupes"

Les dix organisations de pilotes (SNPL, Spaf, Alter), d'hôtesses et stewards (SNPNC, Unsa-PNC, CFTC, SNGAF) et de personnels au sol (CGT, FO et SUD) qui la composent réclament 5,1% d'augmentation en 2018 (+3,8% en avril et +1,3% en octobre) au titre d'un "rattrapage" nécessaire, après six ans de gel des grilles salariales.

Elles avaient rejeté la proposition de la direction prévoyant, pour la période 2018-2021, "des augmentations générales de salaire de 7% sur quatre ans, s'ajoutant aux augmentations individuelles", dont le versement était conditionné aux résultats financiers.

Sollicités par l'AFP, des représentants de l'intersyndicale se sont félicités du résultat de la consultation et de la participation.

C'est une "grosse satisfaction, même si nous ne validons pas le procédé", a commenté Christophe Campestre, porte-parole du deuxième syndicat de pilotes à Air France, le Spaf. "Ca nous redonne de la légitimité, à l'inverse du but recherché par la direction", selon lui.

"Tout le monde s'est senti concerné" par le vote et "les salariés n'ont pas été dupes", ces derniers réclamant une forte augmentation salariale dès 2018 et non un accord pluriannuel, a ajouté Jérôme Beaurain de SUD-Aérien.

Selon lui, "le système Gateau (du nom du DRH d'Air France Gilles Gateau, NDLR) s'écroule complètement", alors que l'intersyndicale n'a "pas demandé la démission" de Jean-Marc Janaillac.

Du côté des non-grévistes, la CFDT a affirmé que le départ du PDG "augure d'une période trouble pour notre Compagnie et d'une grave crise de gouvernance dont Air France n'a pas les moyens, eu égard à l'environnement économique et concurrentiel dans lequel évolue Air France".

"La CFDT entend l'avis exprimé par une majorité de salariés et ne signera donc pas l'accord salarial pluriannuel proposé", précise-t-elle dans un communiqué.