Entreprise

Col roulé aubergine sous une veste sombre, jeans, ceinture cow-boy et boots, allure jeune et cheveux poivre et sel : le look est soigné. Pas si étonnant : Luc Duchêne, bientôt 60 ans, a fondé les marques Mer du Nord, il y a un peu plus de 20 ans, et Chine, 5 ans plus tard. Le vêtement, cela le connaît. Et pourtant, ce n’est pas par là qu’il a débuté

Au départ, autodidacte, il désire ouvrir un restaurant branché. Il déniche une "maison pas chère", rue de la Paille, en bas du Sablon. "Un resto mode avec de la musique, où on peut boire un verre, comme il en existait déjà à Paris, mais pas trop à Bruxelles." Les clients sont au rendez-vous, branchés, avec de nombreuses personnalités du showbiz et de la mode, des artistes aussi. En 1975, il en ouvre un second à Waterloo, "La Pomme d’amour", une fermette chic aux portes de la capitale. Il vend, bien, ses deux établissements fin des années 70. "C’est un métier de fou, d’esclave, je travaillais jour et nuit."

Il veut faire autre chose, pourquoi pas des vêtements ? "Beaucoup de mes clients travaillaient dans ce secteur et cela marchait bien." Et puis, sa mère et sa grand-mère étaient couturières Il connaît des gens aussi, et des adresses à Paris. Il veut apporter quelque chose de neuf, ce seront les vêtements branchés avec, en 1980, un premier magasin Galerie Louise, "Le Majestic", "pour l’hôtel à Cannes ? Je n’en sais rien, c’est un beau nom". Et, surtout, les marques françaises Chipie et Chevignon. Blouson, jeans lavé, baskets, "un peu voyou". Pendant un an, cela ne se vend pas. Il ouvre un deuxième magasin au Fort Jaco, à Uccle, en 1983. "J’ai obtenu des pdg de Chipie et Chevignon l’exclusivité de l’importation en Europe du Nord. J’ai pris ma valise, et j’ai commencé à prospecter, boutique par boutique." Et vendu en Belgique et ailleurs à des magasins multimarques. Il ouvre aussi une boutique "Chipie", en face de son Majestic, Galerie Louise. "A chaque ouverture, j’ai pris un risque énorme, ça passait ou ça cassait." Et cela a marché "Les boutiques à la mode venaient à moi", dit-il sans fausse modestie, ajoutant en souriant "une de mes grandes phrases : "Je n’ai pas vendu des vêtements, on me les a achetés."". Il crée aussi des vêtements spécifiques pour notre pays. Quand les marques Chipie et Chevignon sont vendues, il ne veut pas continuer avec les suivants et vend à son tour.

Ses clients (les multimarques) sont toujours là. Il connaît le métier de A à Z : il pourrait s’arrêter, il décide plutôt, en 1988, de lancer sa marque Mer du Nord pour la femme et bientôt la fille avec, ensuite, les accessoires. Il venait d’acheter une maison au Zoute et, une fois encore, "c’était un beau nom". Il fait "beaucoup de "maille", des trucs plus simples". Et, grâce à ses clients, s’implante facilement. Aujourd’hui, la marque compte 18 magasins (tous en propre) et 150 points de vente en Belgique.

Cinq ans après Mer du Nord, Chine voit le jour. Le styliste s’appelle Guillaume Thys : il a le savoir-faire, des tissus mais pas d’argent. Luc Duchêne l’engage. Place au beau, au chic, à la soie, au cachemire, à l’angora. Avec deux défilés par an et des prix 4 fois plus élevés que ceux de Mer du Nord. A l’heure actuelle, il y a 13 magasins (en propre, toujours), dont un depuis deux ans à Paris, à deux pas de la place Vendôme. Et, comme chez Mer du Nord, entre 400 et 600 modèles par saison.

Chiffre d’affaires consolidé 2007 de la holding Fabrice (le prénom de son fils aîné) S.A. International (qui regroupe Chine S.A., Mer du Nord S.A. et Immo 49 S.A.) : environ 45 millions d’euros. Des associés, la Bourse, Luc Duchêne (qui détient l’entièreté du capital) n’en veut pas. Sa "solitude", c’est sa liberté. Il aime tout maîtriser.

Il vient de remplacer Guillaume Thys par un ancien de l’Académie d’Anvers, ex-"bras droit" de Dries Van Noten, Tim van Steenbergen, qui a signé la collection printemps-été à laquelle il a d’ailleurs ajouté un volet lingerie. Avec un côté "plus créateur". Chine devient Chine Belgian Design pour accentuer l’ancrage belge.

Pour l’heure, Mer du Nord homme et adolescent est en route et sera en magasin (pas dans les multimarques, dans les siens) avec la prochaine collection d’hiver, 4 nouveaux magasins sont prévus en 2009 et 2010, une deuxième boutique Chine en 2010 à Paris aussi. "Je voulais faire des vêtements, les vendre et les voir portés dans la rue", confie encore Luc Duchêne. Aujourd’hui, il n’est toujours "pas rassasié".