Entreprise

Du ciel à l’huile de frites, le chemin est passé par Charleroi pour le Québécois Jean-Luc Arnaud. Pilote durant onze ans pour la compagnie aérienne Ryanair, le frais sexagénaire a décidé de poser sa "baraque à frites" à deux pas du tarmac qu’il a tant emprunté. " J’ai effectué les premiers vols avec Ryanair depuis Charleroi. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était le 24 avril 2001. On a commencé avec des cabines de chantiers comme premiers locaux, un téléphone et un fax mais pas d’ordinateur. A l’époque on avait deux Boeing 737. C’est le meilleur souvenir de ma carrière. L’ambiance ressemblait à celle d’un aéro-club." Depuis l’aéroport a bien changé avec ses 6,5 millions de passagers en 2012. " J’ai terminé comme chef de base pour Ryanair à Charleroi" , explique le Canadien qui a commencé sa carrière chez Air Inuit, dans le Grand Nord canadien. "Mais à un moment l’âge vous rattrape. Si ce n’est pas vous qui arrêtez, c’est l’administration aéronautique qui vous arrête." Du coup, l’homme a changé de cap. Radicalement. "Cela peut paraître paradoxal , rigole-t-il. Je suis désormais patron d’une baraque à frites ! Un espace commercial, juste devant l’aéroport, a été mis en appel d’offres alors que je venais d’être pensionné et j’ai posé ma candidature, sans trop me poser de questions." Et sa baraque, ouverte depuis près d’un an, l’ancien pilote en est très fier. " Elle est typique. On l’a fait construire selon nos desiderata à Lille, par la même entreprise qui a travaillé pour le film "Bienvenue chez les Ch’tis"."

Le Québécois veut faire des frites belges "de manière différente", "saines et fraîches". "Nos Bintjes viennent de la région de Charleroi et notre huile est recyclée. On a aussi conçu un cornet typique et pratique qui permet à nos clients de manger tout en portant leurs bagages." Le prix (4,5 euros) n’est par contre pas "low cost"." Il y a un pourcentage du chiffre d’affaires qui va à l’aéroport. Et puis il fallait s’aligner sur le prix des autres concessionnaires. Mais les gens ne sont pas lésés." Et il y a des exceptions. "O n fait des prix pour les employés de l’aéroport. Notre clientèle est essentiellement belge, mais les Italiens et les Espagnols sont fous de nos frites aussi." Pour l’heure, la petite entreprise rentre dans ses frais. Les idées ne manquent pas. "On a l’intention d’ouvrir une autre baraque à frites dans un autre aéroport Ryanair en France. Et puis aussi des triporteurs vendant des gaufres à Louvain-la-Neuve." On ? Oui, car Jean-Luc, qui habite Lasne "mais ne roule pas en Ferrari pour autant", est aidé par Nadine, son épouse liégeoise rencontrée à son arrivée en Belgique. " J’estime que j’ai été particulièrement gâté par la vie : je considère que je n’ai jamais travaillé. Le métier de pilote est une passion. J’ai toujours fait ce que je voulais." L’ancien pilote s’énerve (un peu) quand on lui rappelle les différentes polémiques liées à son ex-compagnie à bas prix. "Les histoires de manque de kérosène dans les réservoirs, c’est du vent. Les contrôles sont très sévères dans l’aérien et personne ne passe au travers. Je ne suis pas un défenseur spécifique de mon ex-employeur, mais il a la flotte la plus moderne au monde. Cette campagne anti-Ryanair a toujours existé. Il y a des lobbies très forts d’Air France ou de Brussels Airlines à la Commission européenne. Ryanair dérange, c’est sûr."

Quant aux pilotes qui se plaignent de la pression exercée par la direction irlandaise ? " Je n’ai jamais eu de pression de Ryanair. Il faut arrêter de pleurer pour un rien. Un pilote de Ryanair, il bosse 132 jours de boulot par an, pour un salaire après impôt de 6 000 euros par mois. Vous connaissez beaucoup de gens qui gagnent un tel montant en s’amusant ?"