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Poussée de prendre part à une réunion qu’elle estimait prématurée, la chancelière allemande Angela Merkel avait averti, mardi, qu’il ne fallait rien attendre de "spectaculaire" du sommet extraordinaire de la zone euro. Mais au final, la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement des dix-sept Etats membres de l’Union monétaire, qui s’est tenue ce 21 juillet à Bruxelles, a accouché de décisions difficilement envisageables, voire impensables, dans un passé récent.

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde avaient été conviée à la réunion, tandis qu’en marge du sommet une délégation du secteur bancaire européen négociait avec un représentant du Conseil les modalités de l’implication du secteur privé au plan d’aide à la Grèce. Car, comme attendu, les dirigeants de la zone euro ont conclu un accord sur un second plan d’aide à la Grèce - le minimum minimorum qu’attendaient les marchés. Un peu plus d’un an après avoir déjà bénéficié d’un premier plan d’aide de 110 milliards d’euros, prêtés par l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international, la Grèce pourra s’accrocher à une nouvelle bouée de sauvetage de 109 milliards d’euros, gonflée par les Etats membres de la zone euro, via la Facilité européenne de stabilité financière (FESF) et le FMI.

Comme l’exigeait Angela Merkel - qui avait débroussaillé le terrain, la veille, avec le président français Nicolas Sarkozy, - les créanciers privés de la Grèce (banques, assurances et fonds de pension), participeront également au plan, sur base volontaire, à hauteur de 37 milliards d’euros pour la période 2011-2014, via un rehaussement de crédit. Pour alléger l’insoutenable fardeau de la dette grecque, le secteur privé prendra également part à un programme de rachat de la dette grecque estimé à 12,6 milliards d’euros. Programme dont les contours ne sont pas précisés dans les conclusions de la réunion, mais qui pourrait prendre différentes formes, allant du roulement de la dette (le maintien de l’engagement financier après remboursement des échéances), à l’échange de titre, décotés ou non, contre des titres à maturité plus longue, de 15 à 30 ans selon les cas - cette dernière solution impliquant que les investisseurs renoncent à être remboursé de la totalité de leur mise et/ou dans les délais prévus. Au total de l’addition du nouveau plan de secours à la Grèce s’élève à 158,6 milliards d’euros. Et en tout, pour la période 2011-2019, la contribution nette du secteur privé atteindra 106 milliards d’euros.

Les Etats membres de la zone euro ont tiré les leçons de l’échec du premier plan d’aide. Constatant que les taux d’intérêt demandé à la Grèce en contrepartie de ces prêts ne contribuent pas à diminuer la charge de sa dette, le projet d’accord stipulait que les Dix-sept ont décidé de les abaisser de 4,5 à 3,5 % - mesure dont bénéficieront aussi l’Irlande et le Portugal, deux pays qui ont eu recours au FESF. Ensuite, la maturité des nouveaux prêts octroyés à a Grèce par le fonds de secours européen sera allongée de 7,5 à 15, voire 30 ans, avec une "période de grâce" de 10 ans avant le premier remboursement.

Par ailleurs, la Grèce accusant un tel retard de compétitivité sur ses partenaires - l’une des sources de la crise grecque - les Etats membres ont apporté leur soutien à la décision de la Commission de créer une task force, dont l’objectif sera d’aider les autorités grecques à utiliser les fonds structurels européens de la meilleure façon pour favoriser la croissance, la formation et la création d’emploi.

Le nouveau plan, assure le Premier ministre grec George Papandreou devrait permettre à la Grèce de réduire de 26 milliards d’euros la dette de son pays, aujourd’hui lourde de 350 milliards d’euros, plus de 150% du PIB grec.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet s’est dit confiant, au terme de la réunion, que les solutions mises sur la table permettront d’éviter un événement de crédit qui déclencherait l’activation des contrats d’assurance contre le risque de défaillance de pays notamment, les credits default swap (CDS). Mais le Français n’a pas exclu que le rééchelonnement de la dette grecque soit temporairement considérée en défaut de paiement par les agences de notation, ce que la BCE voulait absoluement éviter, a priori. "Nous faisons valoir nos arguments, nous ne sommes pas toujours entendus", a concédé M. Trichet. "L’initiative (de contribution du privé, NdlR) est elle-même avancée par un consortium de banques. Il ne s’agit donc pas d’un défaut", jugeait de son côté le Belge, Yves Leterme.

Le projet de déclaration commune des chefs l’eurozone se garde d’ailleurs de mentionner, explicitement le mot-commençant-par-la-lettre-D., tout en reconnaissant que "la Grèce est dans une situation d’une gravité unique", qui "requiert une solution exceptionnelle". Et les Dix-sept s’empressent d’ajouter que "tous les autres pays de la zone euro réaffirment solennellement leur détermination inflexible à honorer pleinement leur propre signature souveraine". Autrement dit : aucun autre Etat de la zone euro ne fera défaut. Et comme le souhaitait la BCE, la participation du secteur privé restera limitée à la Grèce.

L’Italie et l’Espagne étant à leur tour dans le collimateur des marchés, les Dix-sept tenaient aussi à prévenir tout risque de contagion de la crise à ces deux pays, dont la "chute" aurait un coût difficile, sinon impossible, à supporter. Pour assurer les marchés de la stabilité de l’ensemble de la zone, les chefs d’Etat et de gouvernement des Dix-sept ont décidé de rendre plus flexible leur fonds de secours, élargissant les missions du FESF - et dès 2013, de son successeur, le Mécanisme européen (permanent) de stabilité. En cas de circonstances dont la BCE jugera du caractère exceptionnel, le FESF pourra, avec l’accord unanime des Dix-sept, racheter de la dette souveraine, mais aussi intervenir de manière préventive en ouvrant des lignes de crédit aux pays en difficulté. Le fonds pourra également prêter de l’argent aux Etats qui devrait recapitaliser des banques et institutions financières. Une petite révolution, en soi, si l’on veut bien souvenir que Berlin entendait que le FESF ne soit activé qu’en cas d’urgence. Ce qui a fait dire au président du Conseil Herman Van Rompuy, "que quand nous disons que nous ferons tout ce qui est nécessaire pour maintenir la stabilité de la zone euro, ce ne sont pas des paroles en l’air".