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ENTRETIENS

Ils ne seraient que deux sur la place bruxelloise - et quatre en Belgique - à proposer des instituts de beauté réservés exclusivement aux hommes: Monsieur K à la rue Dansaert et Dé Wo Chen dans le quartier Louise. Leur implantation est récente - fin 2003 -, alors que l'engouement pour ce type de services existe depuis 1996 à Paris. Le nom des instituts est volontairement mystérieux, «discret, selon Julien Kaibeck de Monsieur K, qui, en même temps évoque clairement ce dont il s'agit, à la manière d'un héros de James Bond, bien soigné». «Sans référence directe à l'homme» pour Alain Cochez, de chez Dé Wo Chen, qui préfère insister sur «le bien-être et la félicité» en empruntant son enseigne au tibétain.

Alors, est-ce que le fait de prendre soin de sa peau pour un homme passe pour un truc de gonzesse ou est encore connoté homosexuel? Julien Kaibeck comme Alain Cochez constatent: leur clientèle est composée à 50/50 d'hétéros et d'homos. «Elle a plus de 30 ans, voire 35, est issue de milieux socio-professionnels fort différents, même si 40 pc sont des personnes ayant une fonction de représentation commerciale ou évoluant dans la haute administration», analyse Julien Kaibeck. «C'est une clientèle qui a besoin de séduire lors de négociations, par exemple», complète Alain Cochez, ajoutant que «beaucoup sont poussés par leur femme».

Les types de soins les plus demandés sont ceux du visage, talonnés de près par les massages. Dans un cas, les hommes veillent à la bonne santé de leur peau, dans l'autre, la motivation est avant tout la détente, la relaxation. Pour les soins du visage, un client fidèle poussera la porte de l'institut toutes les six semaines environ. Ce qui revient à dire qu'il y consacre près de 50 € par mois. Evidemment, en ce qui concerne les massages, comme ils peuvent être prodigués chaque semaine, le budget est susceptible de rapidement grimper.

Chez Monsieur K, les soins sont dispensés par Julien Kaibeck lui-même, un des rares hommes à posséder le diplôme d'esthéticien. En période d'affluence (vendredi soir et samedi), il se fait aider par une jeune fille. Du côté de chez Dé Wo Chen, le personnel est féminin, «habitué à travailler avec les hommes», précise-t-on.

En conclusion, l'on se rend compte que pas mal de précautions doivent encore être prises pour amener la gent masculine à pousser la porte d'un institut qui lui est entièrement dédicacé. «C'est vrai que le facteur timidité est fort présent. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai décoré le magasin de façon fort sobre- gris foncé et bordeaux, NdlR. Comme ancien prof, je possède une démarche pédagogique qui les aide à se sentir à l'aise», confie Julien Kaibeck. Une démarche corroborée par Alain Cochez: «Il faut absolument offrir un espace où les hommes se sentent à l'aise et compris.»

© La Libre Belgique 2004