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Douche froide à la mi-février. D’après les Perspectives du Bureau du Plan, le taux de croissance de l’économie belge se limitera à 0,1% cette année, après une évolution positive de 1,9 % l’an dernier. La croissance trimestrielle de l’économie belge devrait demeurer très modeste, précisait le Plan, compte tenu de la reprise très graduelle de la conjoncture européenne et des mesures de consolidation budgétaire décidées par le gouvernement. L’activité économique devrait se stabiliser au premier trimestre et ensuite renouer avec une faible croissance, tirée par les exportations (jusqu’à 0,2% au 4e trimestre), ajoutait-il.

Une vision partagée par la Banque nationale qui s’exprimait dans la foulée, un peu plus pessimiste. La croissance de l’économie belge devrait être “nulle” en 2012, avec une évolution du PIB d’environ - 0,1%, vu l’impact du budget 2012. “Nous prévoyons -0,1%, c’est un écart très minime par rapport au Bureau du Plan. On est autour de zéro, c’est clair”, relativisait le gouverneur de la BNB, Luc Coene.

En clair, la Belgique est entrée en “légère récession” au cours des derniers mois de 2011, avec une évolution du PIB très légèrement négative au second semestre. L’activité devrait stagner au début de 2012, avant un redressement très limité en deuxième partie d’année.

Quel crédit accorder à ces anticipations conjoncturelles ? Que signifient-elles concrètement pour le citoyen ? L’économiste Philippe Defeyt, responsable de l’Institut pour le développement durable, orfèvre en la matière, a voulu en avoir le cœur net. Après avoir décortiqué les rapports officiels, il livre un version grand public des prévisions du Bureau du Plan et de la B.N.B.

Conscient lui aussi que l’année 2012 “sera difficile sur le plan socio-économique”, il tente de mesurer l’évolution tendancielle de quatre indicateurs : les revenus et le pouvoir d’achat, les prix, le chômage et le marché du travail des jeunes. A l’aide de graphiques lisibles par tous (voir ci-contre), il tire les enseignements suivants :

1Le pouvoir d’achat moyen a atteint un maximum historique en 2009 et est en recul depuis lors. En 2012 le pouvoir d’achat par tête sera de 3 % inférieur à ce qu’il était en 2009 ;

2 Malgré les hausses hors-index dont elles ont bénéficié (ce qu’on appelle la liaison au bien-être), le pouvoir d’achat des allocations minimales stagne depuis 10 ans ;

3 La raison principale de cette stagnation du pouvoir d’achat des allocations minimales est à trouver dans l’évolution plus rapide des prix pour les ménages concernés. Entre 2000 et 2012, les prix des loyers, de l’alimentation et de l’énergie (chauffage et éclairage) ont augmenté plus vite que l’indice global. Or ces produits et services représentent jusqu’à 80% – voire plus parfois – du budget des ménages à petits revenus ; 4Au total, entre 2000 et 2012, le coût de la vie a augmenté de 31% pour le consommateur moyen mais de 45% pour les ménages à petits revenus qui sont locataires ;

5 Pour la population active salariée, le taux de chômage devrait s’élever à un peu moins de 13 % en 2012. Le taux de sous-emploi devrait lui être de 19 %. A noter que le taux de sous-emploi tient compte, en plus des demandeurs d’emploi inoccupés, des travailleurs à temps partiel involontaires et du chômage temporaire. Il se mesure en volumes d’heures ;

6 L’évolution du taux de chômage et de sous-emploi depuis 2000 a été considérablement “flattée” par la “sortie” de nombreuses personnes de la population active, en particulier entre 2005 et 2010. Les catégories concernées sont les étudiants de plein exercice, les chômeurs complets en formation professionnelle, les invalides, les prépensions conventionnelles à temps plein, les chômeurs âgés non demandeurs d’emploi et les personnes en interruption complète de carrière. Au total, en 2012, ces six catégories représentent un peu plus de 1 million de personnes – en augmentation de 164 000 unités entre 2000 et 2012. Le total des personnes “sorties”devrait représenter 15 % de la population des 18-64 ans en 2012.

7 En ce qui concerne le marché du travail des jeunes, le taux de chômage est supérieur en 2011 à celui enregistré avant la récession de 2009-2010, la baisse tendancielle – au demeurant très modeste – du taux de chômage des jeunes entre 2005 et 2011 est attribuable au recul de la population active, plus rapide que celle de l’emploi, la proportion d’emplois jeunes soutenus par la sécu a considérablement augmenté sur la période considérée ; l’emploi activé a représenté environ 8% de l’emploi salarié en 2011 contre 1,2% en 2005.