Entreprise
Une chronique d'Yves Dinsart, administrateur indépendant BCTE asbl.

Le rôle joué par le président du conseil d’administration est déterminant pour améliorer la gouvernance. Profil.

Imagine-t-on un orchestre entamer une symphonie de Beethoven sans chef au pupitre ? Quel que soit le talent individuel des musiciens, l’ensemble irait droit à la cacophonie dès les premières mesures. Le chef d’orchestre est indispensable pour que chacun joue en rythme et qu’harmonie et magie se dégagent de l’interprétation. Il en est de même dans les conseils d’administration (CA) des sociétés, qu’elles soient grandes entreprises ou PME.

Etonnamment, le Code des sociétés ne consacre aucun article au rôle pourtant essentiel du président du CA. Heureusement, les codes de gouvernance suppléent largement à cette lacune. Ainsi, le code Buysse qui contient les recommandations de gouvernance pour les entreprises non cotées et qui vient d’être réactualisé, consacre une partie encore plus importante que par le passé au président du CA, lui attribuant au passage "le rôle principal dans l’organisation de la corporate governance" (Code Buysse III, art. 5.11 et art. 5.19 et suiv.).

Quel est son rôle ? Le président a pour première tâche de convoquer le conseil et d’établir l’ordre du jour, en concertation avec l’administrateur délégué. Ce qui lui donne déjà un pouvoir d’influence certain. C’est aussi lui qui anime les délibérations en veillant à instaurer un climat de confiance qui favorise une discussion ouverte, où chaque administrateur peut pleinement jouer sa partition. On l’oublie trop souvent : présider ne signifie pas décider ! Le président doit s’employer à ce que chaque décision soit prise sur la base du consensus. A ce titre, il doit être capable de faire la synthèse des opinions émises, en se distanciant le cas échéant de sa propre vision. Il se gardera donc d’exprimer son avis en premier, afin d’éviter un suivisme qui appauvrirait le débat.

Une position centrale. Interlocuteur privilégié du management, des administrateurs et des actionnaires, le président doit acquérir une excellente connaissance de l’entreprise et de sa stratégie. Il connaît la vision à long terme des actionnaires et, dans les entreprises familiales en particulier, il est une personne ressource pour accompagner les tensions qui naîtraient entre actionnaires. En cas de crise, le président est le point de contact pour toutes les parties concernées. Le tandem qu’il forme avec l’administrateur délégué est primordial : le président est le premier coach de l’administrateur-délégué et ces deux-là doivent entretenir des contacts réguliers, dans le respect du rôle de chacun. A cet égard, le code Buysse recommande explicitement de ne pas cumuler les fonctions de président et d’administrateur délégué : il est vrai qu’il n’est pas aisé d’être en même temps à la barre du navire et dans le rôle de la vigie qui donne le cap.

Quel profil pour un bon président ? Acteur-clé de la gouvernance d’entreprise, le président du CA doit cumuler de nombreuses qualités : un leadership naturel qui motive chaque administrateur à donner le meilleur de lui-même, des compétences en gestion de processus décisionnels, de bonnes capacités de coaching, une aptitude à l’écoute et à l’empathie, ainsi qu’une capacité à endosser les habits de médiateur en cas de crise. Par-delà ces qualités, il est essentiel que le président ait la confiance de tous les actionnaires. Ainsi, dans les sociétés familiales, la présidence du CA est de plus en plus souvent confiée à un administrateur externe qui, lorsque l’actionnariat est composé de plusieurs branches ou que des questions de succession se posent, présente de fort utiles garanties de neutralité et d’indépendance.