Entreprise Pour le remplacement des F-16, Paris propose en contrepartie à la Belgique un "partenariat structurant" autour du Rafale.

Le chemin menant au remplacement des avions de combat F-16 belges n’a rien d’un long fleuve tranquille. La procédure tourne même au feuilleton à rebondissements depuis que la France, qui présente le Rafale de Dassault, a annoncé son retrait de l’appel d’offres du gouvernement belge, tout en proposant un "partenariat approfondi." Annonce faite à 16 h jeudi 7 septembre, jour de remise des offres…

Les deux autres candidats à la modernisation de la flotte de combat belge ont, eux, remis le devoir en temps et en heure. Les Britanniques ont tiré les premiers, déposant leur offre pour l’Eurofighter Typhoon sur le temps de midi, les Américains suivant de peu, à 14 h, pour le Lockheed Martin F-35, dont il ne se prive pas de vanter les mérites.

Ce fut encore le cas jeudi matin, lors d’une conférence de presse à la résidence de l’ambassadeur américain à Bruxelles. Sur fond de photomontage montrant un F-35 aux cocardes belges survolant la Meuse à Dinant, Jack Crisler, vice-président pour la commercialisation du F-35, et Billie Flynn, pilote d’essais chevronné, se sont appliqués à réfuter une par une toutes les critiques à propos de l’avion dit de 5e génération.

Et la première des critiques, qualifiées de "mythes" , est bien sûr celle du coût, jugé prohibitif jusqu’à la présidence des Etats-Unis. Pour M. Crisler, "le F-35 Lightning II est la solution la plus rentable pour la Belgique", notamment à cause d’"économies d’échelle d’un programme dépassant les 3 000 avions". Selon lui, le prix actuel d’un F-35A est de 94,6 millions de dollars, "incluant cellule et moteur", encore bien… Ce prix pourrait descendre entre 80 et 85 millions de dollars d’ici 2019. Sans compter que le dollar a perdu 20 % de sa valeur face à l’euro ces derniers mois.

Démo très convaincante

Le pilote Billie Flynn monte ensuite au créneau pour démonter plusieurs autres "mythes" entourant l’avion américain, à commencer par son manque de manœuvrabilité. Pour l’avoir vu à l’œuvre au salon du Bourget, en juin dernier, aux commandes de l’avion, il a effectué une démonstration très convaincante, qu’il qualifie d’"agressive".

Sur l’offre britannique, l’on en saura plus vendredi matin, la presse étant invitée à la résidence de l’ambassadeur à Bruxelles. En attendant, la France lance un pavé dans la mare, se retirant de l’appel d’offres pour proposer au gouvernement belge ce que la ministre des Armées, Florence Parly, appelle un "partenariat structurant". Celui-ci, outre la fourniture de l’avion Rafale de dernière génération, comprendrait "une coopération approfondie entre nos deux armées de l’air dans les domaines opérationnels, de formation et de soutien, ainsi qu’une coopération industrielle et technique impliquant des entreprises des deux pays".

Dassault Aviation a ensuite insisté sur son poids industriel, "neuf entreprises filiales, plus de 3 000 salariés belges […] et plus de 800 millions d’euros de commandes annuelles à la Belgique", et proposé "une stratégie de coopération à moyen et long termes véritablement structurante pour l’avenir de l’industrie belge qui contribuera au renforcement de l’Europe de la Défense".

Si elle a déjà été discutée "en concertation au plus haut niveau ministériel", cette proposition change les règles du jeu. Il est vrai que les soumissionnaires ont jusqu’au 14 février 2018 pour remettre leur "best and final offer", mais contourner le dépôt initial du 7 septembre n’est pas prévu dans les textes.

Va-tout français

Ce qui ressemble à un va-tout de la France, ou à une manière de sortie élégante, a peu de chances de passer. Le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA), féru de transparence dans les acquisitions, et le gouvernement belge y jouent leur crédibilité. Si la France devait revenir dans le jeu par la bande, les autorités belges risquent d’être confrontées à des recours sans fin des deux derniers candidats, Lockheed Martin et Eurofigther et, pourquoi pas, de ceux qui se sont entre-temps désistés, Boeing et Saab.

En date du 7 septembre, jour de remise des offres, il ne reste donc officiellement que deux candidats au remplacement des F-16 belges : le Typhoon d’Eurofigther et le F-35 de Lockheed. Or le premier a toujours fait figure d’outsider.