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Ce lundi, David Cameron a écarté, à court terme, l'organisation d'un référendum sur l'appartenance de la Grande-Bretagne à l'Union européenne. Alors que certains s'interrogent sur la politique britannique vis-à-vis de l'Europe, d'autres s'inquiètent de l'avenir de la zone euro. Notre journaliste, spécialisé dans les sujets européens, Olivier Le Bussy a répondu à vos questions ce mercredi midi. Voici certains extraits.

Gwen : La Grand-Bretagne peut-elle quitter l'Union européenne ?

"David Cameron a dit en décembre dernier que toutes les options étaient possibles pour l'avenir du Royaume-Uni. Cependant, il a été mis en garde par plusieurs patrons britanniques contre les risques d'une sortie de l'Union pour l'économie britannique. Ensuite, le Premier ministre affirme à plusieurs reprises qu'il entendait que son pays reste un acteur de poids dans l'Union. Néanmoins, alors que les pays de la zone euro se dirigent lentement mais sûrement vers plus d'intégration, Londres souhaite rapatrier certaines compétences européennes. Reste qu'il faudrait, dans ce cas, renégocier le traité d'adhésion du Royaume-Uni à l'Union et il ne faut pas s'attendre à ce que ses partenaires européens lui fassent des cadeaux. Pour le dire platement, le Royaume-Uni ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre : ne pas participer à plusieurs politiques européennes et continuer de bloquer ceux qui veulent avancer si ça contrarie ses intérêts".

Mike : Le Premier ministre britannique réclame des coupes dans le budget proposé par la Commission européenne, est-ce légitime ?

"Le Royaume-Uni, mais il n'est pas le seul, juge que le budget européen pluriannuel doit être gelé parce que plusieurs États, sinon tous, adoptent des politiques de rigueur budgétaire. Le problème réside dans le fait que ces mêmes États ont confié à l'Union un nombre croissant de missions et que cela a un coût. Londres affirme que les dépenses administratives de l'UE sont trop élevées mais il faut rappeler qu'elles ne comptent que pour 6% du budget européen".

Max : Est-ce que le budget 2014-2020 d'un montant de 973 milliards d'euros est excessif ?

"Non, ce n'est pas excessif. C'est même le minimum minimorum pour que ce budget continue à signifier quelque chose. Le budget européen est pour l'essentiel un budget d'investissement qui sert les citoyens européens, les entreprises et les régions qui veulent rattraper leur retard économique. Il compte pour un peu plus d'1% du PIB de l'Union alors que les budgets nationaux comptent jusqu'à 40% du PIB d'un État".

Mehdi : Quelles sont les difficultés pour établir le budget 2014-2020 ?

"Les difficultés sont qu'une majorité d’États ne parviennent pas à envisager le budget européen sous le prisme de l'intérêt commun. Les contributeurs nets souhaitent qu'il soit réduit même s'ils bénéficient de ce budget. Les pays du Sud et d'Europe centrale et orientale insistent sur le maintien des fonds dévolus à la cohésion et la France, par exemple, se fait le premier défenseur de la politique agricole commune" [...] "Dans le même temps, pour respecter l'agenda Europe 2020, il faut que l'Union se dote de moyens pour favoriser la recherche et l'innovation. C'est très compliqué de concilier les positions des uns et des autres d'autant que ce budget doit être adopté à l'unanimité des États membres. Et le Parlement européen, qui a son mot à dire, a prévenu qu'il n'accepterait pas un accord sur un budget trop faible".

Éric : Est-il temps d'établir une taxe européenne sur les plus hauts revenus ?

"Dans un premier temps, 11 pays de l'Union ont entrepris des démarches pour instaurer une taxe sur les transactions financières. Mais il faut garder à l’esprit que la fiscalité est un pan de souveraineté nationale que les États sont peu enclins à partager. La meilleure preuve est qu'au Conseil, les décisions touchant à la fiscalité doivent se prendre à l'unanimité. Il serait néanmoins pertinent d'envisager un impôt européen - non un nouvel impôt mais un transfert direct d'une partie de ce que perçoivent les États membres vers le budget de l'Union. On n'en est pas là".