Entreprise

Travailler de chez soi et communiquer avec son employeur via les nouvelles technologies. Pouvoir enfin gérer son temps et éviter les navettes entre le domicile et le bureau, source de stress et perte de temps. L'idée trotte dans la tête de nombreux travailleurs. De plus en plus. Mais elle n'est pas neuve. « Le terme «télétravail» apparaît en fait en 1972, dans un article du «Washington Post». C'est l'heure des premiers modems», explique Laurent Taskin, de l'Institut d'administration et de gestion (IAG) de l'UCL et président de la Belgian teleworking association (BTA) (*).

Les années 1975-1985 sont marquées par une euphorie technologique. «Les gens se rendent compte qu'ils peuvent vaincre la distance. L'engouement est important mais reste lié à la prouesse technique ainsi réalisée. Jusque dans les années 80, il y a eu peu de réalisations concrètes. On disait à l'époque, en riant, qu'il y avait plus de chercheurs qui travaillaient sur le télétravail que de télétravailleurs.»

Vient ensuite l'époque des politiques de développement. « Depuis le début des années nonante, le télétravail est aussi évoqué comme une manière de créer de l'emploi. Il faut attendre le milieu des années 90 pour voir les premières expériences viables et 2000 pour que le télétravail soit considéré comme un projet organisationnel à part entière», note Laurent Taskin. En 1996, une loi sur le travail à domicile en tient compte. Et depuis le 9 novembre 2005, une convention collective de travail le réglemente en Belgique.

Sujet d'actualité, le télétravail fait encore l'objet d'images erronées.

«Il est ainsi souvent associé au travail à domicile réservé aux mères de famille, ou à du travail à distance exercé à temps plein pour effectuer des tâches simples et répétitives, par exemple. Or, le télétravail contemporain est avant tout pratiqué de manière alternée (entre 1 et 2 jours par semaine en moyenne) et concerne une population d'hommes très qualifiés principalement actifs dans les secteurs des technologies de l'information et de la communication, des services financiers et du conseil», constate Laurent Taskin.

«Tel qu'il se développe aujourd'hui dans nos entreprises, le télétravail n'est plus à considérer comme un projet exclusivement technologique ou social. Il est bel et bien devenu un outil de flexibilité.» Et si le cadre légal commence à suivre, reste aux entreprises à faire de même. Même si certaines proposent le télétravail à leurs employés - comme Vinçotte, Belgacom, IBM, Dexia, Alcatel -, elles sont relativement rares à le faire. «Les entreprises sont encore frileuses. Pour deux raisons principalement: des craintes au niveau juridique et un manque d'informations. Le management se pose la question du contrôle des télétravailleurs. Font-ils vraiment leur travail? Il faut en fait un minimum de confiance entre travailleurs et employeur», note Laurent Taskin.

Un projet organisationnel

Se pose aussi la question des candidats au télétravail. A qui faut-il le proposer? Pourquoi aux uns et pas aux autres?

«Il faut établir des critères objectifs propres à l'entreprise. Tout comme il faut un projet organisationnel qui soit propre à chaque entreprise, à son contexte et à ses travailleurs. Ce choix peut être fait pour différentes raisons.» Et de citer quelques exemples: l'entreprise déménage et souhaite faciliter la vie de ses employés dont le domicile est loin de leur lieu de travail; elle souhaite permettre à ses travailleurs de gérer autrement leur temps et de mieux combiner vie privée et vie professionnelle (avoir du temps pour conduire les enfants à l'école, se rendre chez le médecin...); elle désire retenir des personnes qualifiées en leur offrant un outil de flexibilité; elle désire rationaliser son espace de travail... Sans oublier la productivité. «Toutes les études montrent un accroissement de la productivité des télétravailleurs. Deux explications: le temps de travail est plus dense et plus long. On constate que bien souvent le temps de télétravail n'est pas encore un temps de substitution. Il se fait en plus des heures de travail classique. Le soir par exemple...»

Quant au surcoût qu'occasionnerait le télétravail évoqué par certains, aucune étude n'en fait état. « D'ailleurs, le sujet me paraît délicat», note Laurent Taskin. «Si le télétravail exige bien que l'entreprise fournisse à ses travailleurs connexion et matériel informatique - coût à court terme -, le télétravail peut aussi constituer, à plus long terme, un facteur de diminution des coûts: espace de travail gagné, productivité plus élevée, diminution des déplacements ou encore rétention du personnel.» Difficile à chiffrer...

(*) Laurent Taskin est aussi l'auteur, avec Patricia Vendramin, de l'ouvrage «Le télétravail, une vague silencieuse: enjeux socio-économiques d'une nouvelle flexibilité», aux Presses universitaires de Louvain, 2004.

Ceux que le sujet intéresse peuvent également consulter le livre de Frédéric Robert «Le télétravail à domicile», aux Editions Larcier, 2005; ou visiter le site www.bta.be

© La Libre Belgique 2005