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C eltic tiger ». Derrière cette appellation qui rappelle les Tigres asiatiques, on retrouve l'Irlande. L'image peu paraître surprenante pour ce pays que l'on connaît plus pour ses vertes vallées et son temps pluvieux que ses rugissements.

Ce sont pourtant les performances économiques exceptionnelles de l'Irlande qui lui ont valu son surnom. Il faut dire que les chiffres sont impressionnants. Depuis 1993, le pays affiche un taux de croissance bien plus élevée que le reste de l'Europe. L'an dernier, l'Irlande a connu une croissance supérieure à 10 pc. En 2001 et 2002, elle devrait garder un rythme soutenu de 7,75 pc. Un léger tassement imputable à un ralentissement des exportations et une pénurie grandissante de main d'oeuvre. Et même si l'inflation reste une source de préoccupation, elle devrait rester à des niveaux acceptables grâce aux très importants gains de productivité enregistrés par le pays.

L'Irlande est un pays qui cultive les paradoxes. Entre tradition et modernisme. Le pays célèbre en grande pompe la Saint-Patrick tout en étant résolument tourné vers les nouvelles technologies. L'Irlande est le plus gros exportateur européen d'ordinateurs. Vingt pour-cent de tous les investissements réalisés par les entreprises américaines dans l'Union européenne le sont en Irlande. Microsoft, Dell, Novell, Autant d'entreprises qui se sont implantées en Irlande. Les «call centers» ont également fait de l'Irlande leur terre d'élection. Bien souvent quand on appelle le numéro vert du «help desk» d'une grande société depuis la Belgique, l'opérateur qui vous répond se trouve en Irlande.

Il faut dire que le pays a su tirer profit des importantes aides communautaires et offre des avantages fiscaux attractifs à tous ceux qui y investissent.

Avec ses 3,7 millions d'habitants, dont 1,2 million à Dublin la capitale, l'Irlande est un petit pays. Mais ses besoins en font un grand marché que lorgnent les entreprises wallonnes.

C'est pourquoi l'Agence wallonne à l'exportation (Awex) a récemment organisé une mission économique dans ce pays. Une vingtaine d'entreprises de tous les secteurs sont allées prospecter ce marché prometteur. Les besoins en infrastructures notamment sont très importants comme en témoignent les nombreux chantiers en cours à Dublin. La ville est complètement engorgée et le prix du m2 explose.

Philippe Demeus, administrateur délégué de la société Moës diesel à Waremme, est rentré d'Irlande le sourire aux lèvres. Pour sa société qui importe et installe des moteurs diesel et fabrique des groupes électrogènes sur mesure (c'est cette activité qui était mise en avant lors de la mission), le marché irlandais présente de nombreuses opportunités. « Sur les dix rendez-vous prévus, j'ai eu huit excellents contacts, dont deux ou trois devraient aller plus loin. Je suis convaincu que je démarrerai une activité en Irlande dans les prochains mois. » Manifestement, les Irlandais ont une réelle volonté de travailler de moins en moins avec les Anglais. « Ils veulent se détacher des contrats en livre sterling. La devise qui est en dehors de la zone euro est très forte et fluctue donc toujours. Le fait de présenter des prix stables en euros est un argument intéressant. Il y a aussi manifestement des raisons psychologiques pour expliquer le fait que les Irlandais préfèrent travailler avec d'autres pays que l'Angleterre ». « L'Irlande ne produit pas assez d'énergie, le réseau est sous tension. Les entreprises sont donc contentes de pouvoir compter sur des solutions de secours », poursuit Philippe Demeus qui ne cache pas son optimisme.

Même son de cloche pour Jean-Michel Vandenbranden de chez GEOTOP, un bureau d'études topographiques. « Les contacts ont été très positifs et je m'attends à concrétiser pas mal de choses. C'était une bonne surprise de voir comme les réactions ont été très rapides. Maintenant, on discute des procédures et on étudie la législation locale. » Il faut dire que GEOTOP évolue dans un secteur d'activité qui répond pleinement aux besoins de l'Irlande. Dublin a engagé un programme de grands travaux pour améliorer ses infrastructures. Des routes et autoroutes sont en construction, mais également des gazoducs. Des lignes d'électricité doivent aussi être installées. Pour tout cela, il faut des géomètres et réaliser des cartes précises.

Christian Lemaire, administrateur délégué de Portbelbois, société d'import export de bois, a lui, été particulièrement séduit par l'accueil qui lui a été réservé par ses partenaires potentiels. « Le marché immobilier est en plein boum, nous sommes dans un créneau très porteur. » Mais attention prévient Christian Lemaire, « pour conclure un contrat, il faut être en permanence derrière ses prospects, il faut presque les harceler car quand on leur laisse des messages, ils oublient bien souvent de rappeler ».

Si les contacts ont été très positifs, il faut maintenant conclure les contrats et engager un suivi. Pour ce faire, l'Awex envisage d'installer un attaché en Irlande, ce qui n'est pas le cas pour l'instant. Vu les opportunités importante du marché irlandais et les échos très favorables de cette première mission, il y a fort à parier qu'il ne faudra pas attendre très longtemps pour voir l'Awex créer ce poste à Dublin.

© La Libre Belgique 2001