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Bienvenue à Frasnes-lez-Anvaing, bourgade de la Wallonie picarde de 12 000 habitants répartis sur un territoire de 12 000 hectares, ce qui en fait l’un e des communes les plus étendues du Sud du pays. "C’est deux fois la superficie du Grand Charleroi", souligne Jean-Luc Crucke, bourgmestre de Frasnes depuis vingt ans. Vendredi, le député-bourgmestre n’était pas peu fier d’accueillir une "première mondiale" (sic) en matière de solution donnant accès à l’Internet fixe à très haut débit.

En matière de débit, la Belgique n’a pas à se plaindre. Les récentes statistiques du régulateur fédéral (IBPT) ont montré que, sur les 4,121 millions de lignes "large bande" fixes, 80 % fournissaient une vitesse d’au moins 30 Mbps, ce qui est nettement supérieur à la moyenne européenne.

Les opérateurs belges (Proximus, Voo, Telenet, etc.) continuent à investir massivement dans leurs réseaux - fixes et mobiles - afin de répondre à la croissance exponentielle des besoins des clients. Mais, dans ce déploiement du très haut débit, certaines zones restent en rade, Ce sont les "zones blanches", jugées trop peu rentables par les opérateurs. En Belgique, elles représentent un peu moins de 10 % de la population, dont une grosse partie dans le Sud du pays. Or, à l’heure où la Wallonie se lance dans une ambitieuse stratégie numérique, il convient de trouver une solution permettant aux habitants de ces zones rurales d’avoir aussi accès au très haut débit à un coût raisonnable.

Le défi de la distance

C’est ici qu’intervient la première mondiale lancée, vendredi, à Frasnes-lez-Anvaing. On la doit à Proximus et à Tessares, spin-off de l’UCL dans laquelle le groupe télécoms a investi au printemps 2015 en compagnie du fonds d’investissement universitaire Vives.

Dans cette commune du Hainaut très étendue (hameaux, maisons isolées…), il est apparu que les clients Proximus situés au-delà d’une distance d’1,6 kilomètre par rapport aux "armoires de rue" - à savoir le point d’accès à la fibre optique - n’avaient plus accès à l’Internet fixe à très haut débit. "A plus de 1 600 m, un effet d’atténuation annule l’efficacité de la technologie VDSL, qui permet d’offrir jusqu’à 100 Mbps. On retombe alors à des débits de 10 Mbps", expose Patrick Delcoigne, directeur des réseaux de Proximus. A Frasnes, quelque 38 % de la population sont concernés par cette problématique.

La solution proposée par Tessares - qui a déjà fait l’objet de tests en laboratoire et auprès d’une centaine d’employés de Proximus - consiste à combiner les capacités en bande passante des réseaux fixes (xDSL) et mobiles (4G/LTE) de Proximus. Cette combinaison s’appuie sur une solution logicielle basée sur un nouveau protocole Internet ("Multipath TCP"). Et ça marche…

Les ingénieurs des deux sociétés ont démontré, vendredi, que cette combinaison de capacités fixes et mobiles permettait d’accroître sensiblement la vitesse de téléchargement et, par conséquent, de pallier l’effet d’atténuation évoqué ci-avant. Une expérience pilote de six mois sera lancée, début juillet, auprès de clients Proximus de Frasnes. "En fonction de l’évaluation, nous pourrions étendre le dispositif à d’autres zones rurales en Belgique", dit M. Delcoigne.

Tessares a de grandes ambitions

Ce projet constitue un jalon important dans le processus de développement de Tessares. "Nous avons déjà eu l’occasion de présenter notre solution à une quarantaine d’opérateurs télécoms, se réjouit Denis Périquet, jeune CEO de la start-up de Louvain-la-Neuve. Des contacts très étroits ont été noués avec une vingtaine d’entre eux." Des opérateurs basés en Europe (Scandinavie, France, pays baltes…), mais aussi en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique (Australie…).

Tessares, qui emploie déjà une quinzaine de collaborateurs, est désormais engagé dans une course contre la montre pour imposer sa solution hybride auprès d’un maximum d’opérateurs. "Notre objectif, annonce M. Périquet, est de conclure nos premiers contrats commerciaux d’ici la fin de l’année et d’entamer le déploiement à partir de 2017."