Entreprise

Après avoir occupé le terrain pendant longtemps, les enseignes françaises désertent le paysage belge du bricolage. Jeudi, la chaîne Leroy Merlin a annoncé qu'elle quittait, à son tour, la Belgique. La filiale du groupe Auchan a revendu ses 6 magasins belges au groupe néerlandais Vendex KBB, qui avait déjà racheté il y a un an Brico, leader du marché belge avec une centaine de points de vente.

Vendex KBB déboursera quelque 65 millions d'euros pour mettre la main sur la filiale belge du groupe français qui emploie 600 personnes et qui a réalisé, en 2002, un chiffre d'affaires de 135 millions d'euros (+8pc par rapport à 2001). Cette opération, soumise à l'approbation des autorités belges de la concurrence, s'inscrit dans la stratégie de Vendex KBB, qui consiste en un développement international de ses activités de bricolage. La reprise de la chaîne Brico - qui a réalisé, en 2002/2003, un chiffre d'affaires de 480 millions d'euros, en hausse de 8pc - a été un premier pas en ce sens. Préférant ne pas brûler les étapes dans son expansion à l'étranger, Vendex KBB avait revendu l'an dernier les filiales françaises, espagnoles et portugaises de Brico à Leroy Merlin.

Présent depuis 1994

Le groupe français, l'un des poids lourds du bricolage en Europe, avait fait son entrée sur le marché belge en 1994 en rachetant les Bricoman au groupe Louis Delhaize (Cora, Match). Pourquoi renoncer à présent au marché belge? «Le choix de considérer l'offre de Vendex KBB a résulté d'un arbitrage stratégique dans le développement du groupe Leroy Merlin», indiquait hier la direction générale du groupe, dans un communiqué. «Leroy Merlin poursuit son développement en France, au Portugal et en Espagne, et oriente son expansion sur des marchés à très fort potentiel, notamment en Europe du Sud, en Chine, en Russie, en Pologne et au Brésil.» D'après un observateur du secteur, Leroy Merlin quitte la Belgique car il n'a pas pu s'y étendre comme prévu, en raison des difficultés d'obtenir des permis de bâtir (son dernier projet d'ouverture à Namur est en rade depuis deux ans) mais aussi, dit-on, en raison des coûts salariaux élevés en Belgique. L'enseigne Leroy Merlin va-t-elle disparaître du marché belge? «Nous avons l'autorisation de garder l'enseigne pendant deux ans», nous a précisé Peter van Bakkum, le porte-parole du groupe hollandais. «Nous allons prendre le temps d'étudier quelle sera la meilleure solution pour ces magasins. Aucune décision n'a été prise à ce sujet.» L'enseigne française devrait donc persister quelque temps encore dans le paysage belge mais Vendex KBB (qui exploite les enseignes Praxis et Formido outre-Moerdijk) décidera vraisemblablement, à terme, de convertir ses six nouveaux magasins à l'enseigne Brico ou Briko Depot (grand format de magasin de quelque 6000 m, plus proche de la surface moyenne des Leroy Merlin).

L'influence néerlandaise

Après la reprise des Bricomarché (Intermarché) par la chaîne flamande Hubo, de celle des Bricorama par le Néerlandais Gamma (2e chaîne en Belgique), le départ de Leroy Merlin et la disparition annoncée de l'unique enseigne Castorama (à vendre), les chaînes françaises se font de plus en plus rares en Belgique. La seule qui se développe encore dans nos contrées est Mr Bricolage. A l'inverse, l'influence néerlandaise sur le marché belge, qui reste toutefois dominé par les indépendants, ne cesse de grandir.

© La Libre Belgique 2003