Entreprise

Joon, la nouvelle filiale d'Air France, lancera vendredi ses premiers vols avec pour mission de reconquérir les lignes confisquées à sa maison mère par ses concurrents du Golfe ou low-cost, dans un esprit d'innovation et à des coûts réduits.

Cette nouvelle compagnie, qui se veut ni classique ni low-cost, voit le jour dans un contexte de concurrence de plus en plus vive et un paysage aérien en plein bouleversement. Les low-cost ont ainsi débarqué sur le long-courrier, y compris à Paris avec Norwegian depuis l'été 2016 et Level -la low-cost long-courrier d'IAG (International Airlines Group, maison mère d'Iberia et de British Airways)- à partir de l'été 2018.

A partir de vendredi, Joon desservira en moyen-courrier Barcelone, Berlin, Porto et Lisbonne, des destinations auxquelles viendront s'ajouter au printemps Istanbul, Naples, Oslo et Rome.

En mars, démarreront les opérations long-courrier avec Fortaleza au Brésil, Mahé aux Seychelles, Le Caire, Le Cap et Téhéran.

Les tarifs sont "attractifs" selon la direction, sans être au niveau des ultra low-cost comme Ryanair. Une multitude d'options sont proposées -bagage en soute, repas, divertissement...- permettant de dégager des revenus annexes, une part croissante du chiffre d'affaires de nombreuses compagnies aériennes.

Joon "permet d'exploiter un certain nombre de lignes très fortement concurrencées avec des coûts d'exploitation plus faibles que ceux d'Air France", a expliqué le directeur général d'Air France Franck Terner.

L'idée d'une nouvelle compagnie créée de toute pièce avait été lancée il y a un an par le PDG du groupe Air France-KLM Jean-Marc Janaillac dans le cadre de son plan stratégique Trust Together destiné à permettre à Air France de reprendre l'offensive face à la concurrence.

Ce plan passe également par le renforcement des alliances avec d'autres compagnies et des prises de participations.

 "Réenchanter le voyage aérien"

Aujourd'hui, selon M. Terner, "Air France va plutôt bien" mais "pour autant Air France doit encore travailler dans tous les domaines. Sur ses produits, continuer sa montée en gamme" et "continuer à travailler inlassablement sur les coûts, parce que si Air France va bien, Air France n'est pas au niveau de ses compétiteurs".

Pour regagner le terrain perdu face à la concurrence -10% des lignes long-courrier et 20% des lignes moyen-courrier sont considérées comme ultra-déficitaires-, Joon a recruté du personnel de bord (120 hôtesses et stewards) à un coût inférieur de 40% comparé à celui d'Air France et demandé des efforts de productivité à tous les pilotes.

Basée à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle, les avions de Joon doivent aussi permettre d'alimenter le "hub" (plateforme de connexion) d'Air France.

La filiale d'Air France a vu le jour à l'issue d'âpres négociations avec les syndicats qui ont obtenu que sa flotte soit limitée à 28 appareils, 10 sur le long-courrier et 18 sur le moyen-courrier.

Une taille relativement modeste finalement considérée par la direction comme un atout car elle lui donne l'agilité nécessaire pour servir de "laboratoire d'innovation" pour tester de "nouveaux produits, de nouvelles expériences clients" ou encore "des simplifications de process pour gagner en ponctualité ou en coûts d'opérations", selon Jean-Michel Mathieu, directeur général de Joon.

Pour Hugo Azerad, expert en transport aérien au sein du cabinet de conseil A.T. Kearney, Joon est une "zone d'expérimentation où on peut incuber de nouvelles idées" mais aussi le moyen de "réenchanter le voyage aérien" qui a été galvaudé par le low-cost.

Mais pour l'expert, l'autre challenge sera d'être en "mode start up et de le rester" en gardant toujours une longueur d'avance pour "maintenir la différenciation".

"On s'est mis en ordre de marche pour pouvoir, en rythme de croisière, toujours innover", explique M. Mathieu.

Et si l'idée des couchettes en soute un temps évoquée reste encore au stade du concept, il promet "d'autres projets" pour "toujours plus d'innovations".